Le 03 novembre 2007, un militaire de la Garde
Présidentielle abat froidement un jeune homme au quartier
Tsinga de Youndé. Son crime? Avoir voulu traverser
la rue juste après le passage d'un cortège
de la première dame Chantal Biya, en provenance de
l'aéroport de Yaoundé.
Comme tous les Camerounais le savent lorsque le Président
de la Republique et/ou son épouse se déplacent
à Yaoundé les rues sont barrées pendant
plusieurs heures sur sont trajet. Les citoyens ordinaires
pris au piège doivent alors prendre leur mal en patience
et attendre. Sous peine de mort, comme le montre tragiquement
l'exemple de ce jeune homme. Sourtout que dépuis un
certain temps le regime de Paul Biya vit sous la psychose
d'un coup d'Etat militaire.
Silence assourdissant
Si nos informations sont exactes Le Messager
est le seul journal à avoir évoqué ce
drame dans ses colonnes. Pour Cameroun-Tribune l'evenement
n'a même pas eu une place dans la rubrique des faits
divers. Quant à la CRTV, elle ne serait pas elle-même
si elle parlait d'une action qui s'apparente à bavure.
Le plus surprenant est le silence tonitruant des Partis politiques
et de l'opinion publique camerounaise. Pas une seule réaction,
ni du côté du Parti au pouvoir ni de l'opposition.
A supposer que cela n'interesse personne qu'un militaire abatte
ainsi un citoyen dans la rue.
Y a-t-il meilleure preuve qu'après 25 ans de "Renouveau"
le Cameroun est devenu un enfer? La vie humaine ne vaut rien.
On tue, on se fait tuer, on meurt de maladie, de pauvrété,
d'accident de la route ou de mauvais traitements dans une
prison ou dans un commissariat de police dans l'indifférence
générale. Tout au plus la famille proche prend
le cadavre et va faire le deuil. Et encore cela n'est pas
toujours possible. Beaucoup de ceux qui meurent en prison,
de ceux qui sont victimes d'agressions dans les grandes villes
ou qui sont défigurés lors des accidents de
la route finissent dans un cimétière anonyme
ou simplement dans la brousse.
Dans notre pays l'Humanisme a disparu partout, refoulé
par la dureté du quotidien, par les égoismes
ou tout simplement par l'arrogance de ceux qui savent que
l'impunité leur est garantie.
Combien pariez-vous que le militaire de la Garde Présidentielle
qui a abattu ce jeune ne sera jamais inquiété?
Qu'il n'y aura même pas une enquête administrative?
Le triste record de 2006 sera battu
Comme cela se passe dépuis des décennies le
regime de Paul Biya, se croyant à l'abri de toute poursuite,
continuera à tuer et à laisser tuer les Camerounais.
Pour protéger son pouvoir, pour consolider les privilèges
exorbitants de son élite, mais aussi par simple reflexe.
Qu'on en juge :
- Kumba, 12 novembre 2007, trois morts et plusieurs
blessés dans un état très
critique. Parmi les morts Ngome Herbert Nkwele, élève
en classe de 4ème abattu par la Police alors qu'il
participait à une manifestation d'écoliers.
La cause de la révolte des élèves
? Une longue coupure de courant électrique dans
les établissements scolaires et dans certain quartiers,
éstudiantin notamment. Depuis une dizaine de jours
en effet, la fourniture d’énergie électrique
s’était interrompue, contraignant les élèves,
internes et externes, à s’éclairer
à la lampe tempête pour réviser leurs
cours.
- Bamenda, 16 octobre 2007, deux morts et plusieurs
blessés lorsque les conducteurs de moto
taxi ( dits benskineurs au Cameroun) descendent dan sla
rue pour protester contre contre les exactions de la police.
Les forces de l'ordre repondent par la violence et ouvrent
le feu sur les manifestants.
- Yaoundé, 5 octobre 2007, deux morts et
plusieurs blessés. Les forces de l'ordre
ont tiré sur la foule. Les commerçants du
marché Mokolo descendent dans la rue à cause
de casses nocturnes de leurs comptoirs. La police tire.
A Douala, la manifestation est tuée dans l’œuf
suite à la casse des comptoirs par la Communauté
urbaine de Douala. La frondeuse a décidé de
mettre la pédale douce.
- Kribi, 29 septembre 2007 , un jeune homme est
sauvagement battu par un groupe de policiers et laissé
à demi-mort dans la rue. Dans cette ville
balnéaire d Cameroun, les policiers sont accusés
d’abus de fonction et de pouvoir. Victimes privilégiées
: les femmes et les motos taximen.
- Abong-Mbang, 17 septembre 2007, deux morts et
plusieurs blessés. Les forces de l'ordre
tirent à balles réélles sur la foule
aux mains nues. La population avait organisé une
marche de protestation suite aux coupures intempestives
d’eau et d’électricité. La marche
a tournéà l’émeute sanglante.
Les deux victimes sont Marcel Bertrand Mvogo Awono et Jean
Jaurès Shimpe Poungou Zok
Le même jour à Doumé (50 km environ
de Abong Mbang) les populations sont descendues dans la
rue en solidarité avec les habitants de Abong-Mbang.
Entre autres elles creusent une tranchée en travers
de la route nationale pour empêcher les renforts
policiers partis de Bertoua (capitale provinciale) d'arriver
à Abong Mbang. Ici aussi il y a eu des violences,
mais pas de victimes connues.
- Yaoundé, 13 septembre 2007, à de
nombreux blessés et peut-être des morts
(les familles de certains blessés graves avaient
refusé de les faires soigner à l'hopital).
Les motos taxis avaient assailli les services de la fourrière
de la Communauté urbaine de Yaoundé. Ils revendiquent
bruyamment (par le jet des pierres et l’arrêt
de la circulation) des motos confisquées par les
agents de la Communauté urbaine de Yaoundé.
Les forces de sécurité emploient la brutalité
: passage à tabac, matraques ...
- Banyo, 22 - 24 juillet 2007, des dizaines de blessés
graves. La population descend dans la rue pour
protester contre les manipulations des procès-verbaux
des bureaux de vote en faveur du RDPC, le Parti du Président
Biya. Les réprésentants du Regime Biya jouent
à fond la carte tribale, dressant les populations
Baboutés contre les Haoussas. En réalité
il s'agissait de "rectifier" à postériori
les résultats des élections pour assurer au
candidat de ce Parti la victoire électorale qu'il
n'a pas obtenu par les urnes.
Tout porte à croire qu'au pays de Paul Biya le triste
record de 2006 en matière de violation des droits de
l'Homme sera largement battu.
Halte à l'Impunité
Un point commun à toutes ces réactions
violentes des détenteurs de l'Autorité? L'Impunité.
Les assassins, les auteurs de violations des droits de l'Homme
sont assurés d'échapper à toute punition
tant qu'ils sont fidéles au Regime de Paul Biya.
Cela ne peut pas continuer ainsi.
Il est du dévoir de tout patriote, de notre dévoir
et du dévoir de nos organisations patriotiques de tout
faire pour mettre fin à l'Impunité qui règne
au Cameroun.
Le CNI (Collectif National contre l'Impunité),
qui a joué un rôle fondamental dans la lutte
pour faire justice aux neufs jeunes gens de Bepanda enlevés
et exécutés par le Commandement Operationel
et qui a déposé une plainte contre Paul Biya
pour crime contre l'Humanité, fera tout ce qui est
possible pour que ce crime ne reste pas impuni. Les différents
responsables qui acceptent d'être la main assassine
du regime de Yaoundé doivent savoir qu'ils auront à
rendre compte de leurs actes devant la justice.
L'impunité ou l'assurance d'une impunité est
le terreau sur lequel les violations des droits de l'Homme
se développent ; elle engendre l'irresponsabilité
et est incompatible avec un Etat de droit, avec une société
démocratique.
Aucune Renaissance nationale, aucune Reconciliation entre
les différentes composantes de la Nation camerounaise,
aucune alternance démocratique ne seront possible s'il
n y a pas de justice. Et il ne pourra pas avoir de justice
dans l'Impunité.
Le CNI lance un appel solennel à tous les patriotes
épris de justice à se joindre à la lutte
pour la Justice et pour une alternance pacifique au Cameroun.
Roufaou Oumarou,
Collectif National contre l'Impunité
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