«A people without the knowledge of their past history, origin and culture is like a tree without roots«
Marcus Garvey
«La liberté coûte très cher et il faut,
ou se résigner à vivre sans elle,
ou se décider à la payer son prix.«
José Marti

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"La plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l'homme resté seul et qui continue de lutter dans son coeur. Je ne veux pas qu'aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds."
Comment le tripatouillage de la Constitution a porté malheur à Idriss Déby et au Tchad
 

Paul Biya et Idriss Déby En juin 2005, le Président tchadien Idriss Déby a fait modifié par référendum la Constitution de son pays. L'objet de cette modification ? La suppression de la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels pour lui permettre de se présenter pour un troisième mandat présidentiel en 2006 et ainsi s'eterniser au pouvoir.

"Je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle de 2006. Je ne modifierai pas la constitution, quand bien même j’aurais une majorité de cent pour cent. Je le dis haut et fort : ce qui me reste à faire au cours de mon dernier mandat, c’est de préparer le Tchad à l’alternance au pouvoir, une alternance démocratique, pacifique, sans rupture. Je veux que ce pays passe d’une étape à une autre, en douceur, sans déchirure. Voilà la responsabilité qui sera la mienne. Je l’assumerai ." Voilà ce que disait Idriss Déby face au journal Le Monde du 4 juin 2001. Moins de quatre ans après ces paroles il s'est parjuré.

Non, vous vous trompez si vous pensez que c'était par amour du pouvoir ou par ambition que Déby a tripatouillé la Constitution, utilisé corruption, violences, falsifications et manipulations diverses pour se maintenir au pouvoir. Vous vous trompez également si vous pensez qu'il a fait tout cela parce qu'il n'est pas démocrate ou parce qu'il n'aime pas son pays.

C'est bien evidemment par amour pour son peuple!. Pour repondre aux sollicitations de ceux-là qui lui adressent les fameuses motions de soutien que nous connaissons bien au Cameroun. Il fait don de sa personne au Pays, en quelque sorte; il ne fait que son dévoir, comme vous-même le feriez certainement si vous aimiez votre pays. Du moins, c'est ça la version des faits du Général Déby.

Pour arriver à cette fin le regime n'avait eu qu'à faire appel à une technique qui a fait ses preuves sous d'autres cieux (Togo, Tunisie, Gabon, Burkina Faso, Cameroun où le tripatouillage de la Constitution est prévue cette année...) : d'abord avoir un (ex-)Parti-Etat qui, grâce à des fraudes massives aux élections legislatives, se donne plus de deux tiers de députés à l'Assemblée Nationale. Ensuite on suscite des appels massifs, urgents et teintés d'emotion "du Peuple" au Grand-Président-qui-est-le-seul-à-pouvoir-empêcher-le-déluge. Lorsque tout est en place on passe à l'acte, c'est-à-dire on fait voter la modification par l'Assemblée ainsi preparée et/ou on organise un referendum qu'on gagne évidemment.

Les fraudes massives sont rendues possible par une formidable machine à frauder constituée par les éléments suivants : une Administration partisane, l'absence d'un organisme crédible d'organisation des élections (soit dit en passant : le Tchad possède un machin qui s'appelle CENI), l'argent sans limite, la corruption, les forces de securité aux ordres, des manipulations lors du recensement de la population, les pouvoirs traditionnels ainsi qu'une élite corrompue et la complicité intéressée de la communauté internationale.

Pourtant tout ce que le Tchad compte de démocrate et d'organisations de la société civile s'était prononcé contre cette manipulation. Le Comité de Réflexion et d’Action pour la Paix était convaincu que " 90% des votes iraient contre le régime Déby si le référendum était transparent ". Même au sein de la communauté Zaghawa à laquelle appartient le Président il y avait des voix opposées au tripatouillage de la Constitution.

Tout le monde était convaincu que si la perspective d'obtenir au sommet de l'Etat une alternance pacifique à travers des élections libres et transparentes disparaissait, et ce devait être le cas avec la modification de la Constitution, le pays s'orientait de nouveau tout droit vers la guerre civile.

"Il y a toujours eu des rebelles au Tchad, mais la modification de la Constitution a accru l’idée que le pouvoir ne pouvait changer de mains que par les armes ", expliquait Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la Coalition des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), dont les dix-neuf membres avaient boycotté le scrutin de 2006.

"L’absence au Tchad d’un espace politique national a transposé les différences politiques sur le terrain militaire", affirme David Mozersky, un analyste de l'International Crisis Group.

Ainsi l'élement déclencheur de la nouvelle crise politique au Tchad fût la modification de la Constitution pour donner à Idriss Déby l’autorisation de briguer un troisième mandat. Tout le monde savait que s'il avait décidé de se présenter aux élections c'était parce qu'il avait réuni les moyens de perpétuer illégitimement son régne.

Tous les mouvements rebels tchadiens qui ont pris les armes à partir de 2004 expliquient leur décision par leur opposition à la modification de la Constitution de 1996 qui avait ouvert "la voie à la présidence à vie pour Idriss Deby".

Mais le Président tchadien, fort du soutien de la France qui l'avait non seulement aidé à prendre le pouvoir en 1990, mais aussi à resister à plusieurs tentatives de putch et fort de l'argent du petrole, s'était obstiné dans le refus de créer les conditions qui auraient permis l'eclosion d'une vraie démocratie et d'un Etat de droit digne des aspirations du peuple tchadien.

Aujourd'hui son pays et lui en payent les conséquences.

Espérons que son voisin du sud, Paul Biya (âgé de 75 ans dont plus de 25 à la tête de l'Etat), saura s'epargner à lui-même et au Cameroun le même sort.

Roufaou Oumarou
Le 02 février 2008

 

 

 
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