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DES
VANDALES DANS LA COURSE AU POUVOIR
Le 26 mai 1990, six personnes ont trouvé la mort lors des
manifestations marquant le lancement du Social democratic front
(Sdf) à Bamenda. 26 mai 2006, un mort et de nombreux blessés
dont 4 dans un état critique à Yaoundé, consacrant
la partition de ce parti. Et pour cause, au plus fort d’une
crise qui secoue le Sdf depuis quelques années déjà,
le président de la Cellule des conseillers, Clément
Ngwasiri, l’ancien directeur de campagne du chairman Ni John
Fru Ndi, Bernard Muna ancien bâtonnier de l’ordre des
avocats du Cameroun, et bien d’autres cadres du parti, forts
de décisions de justice s’engagent à tenir à
Yaoundé un congrès national au moment même où
le chairman et ses partisans tiennent le leur à Bamenda.
Aveuglés par une intolérance inqualifiable, les partisans
de Ni John Fru Ndi, les tristement célèbres vanguards
partis de Bamenda et de Douala font irruption à Yaoundé
dans la nuit du 25 au 26 mai, investissent la permanence du Sdf,
non loin du ministère de la Défense et du quartier
général des forces armées. Armés de
machettes, de gourdins et de flèches, les vanguards font
pleuvoir des projectiles de toutes sortes sur le bâtiment
où l’on mettait la dernière main sur la convention
de Yaoundé. Après ce violent coup de semonce, l’assaut
est donné. Les commis du secrétariat administratif
qui ne s’attendaient point à un tel raid sont surpris
par des assaillants qui leur tombent dessus, blessant plusieurs
d’entre eux, tuant le secrétaire administratif pour
le Centre.
Une fois encore, après le raid de la même violence
perpétré contre Christophe Takoudjou en 1998 par les
mêmes hordes fanatisées à l’extrême,
les pouvoirs publics restent indifférents. Ce qui amène
les observateurs à conclure qu’une complicité
lie fortement le Sdf de Ni John Fru Ndi et le pouvoir Rdpc. On connaît
les autorités camerounaises extrêmement pointilleuses
en matière de trouble à l’ordre public. Ce qui
explique que les partis politiques de l’opposition, hormis
le Sdf, ont toujours du mal, beaucoup de mal, à obtenir l’autorisation
d’organiser la moindre manifestation. Celle que la sous-préfecture
de Yaoundé a octroyée à la circonscription
Sdf-Centre pour la tenue du congrès du 26 mai 2006 aurait
été annulée en catimini. Sans que les intéressés
en soient informés. La direction du Palais des congrès
qui a bien mis leur salle à la disposition des congressistes
de Yaoundé évite soigneusement de dire le moindre
mot sur le sujet après la barbarie perpétrée
par les vanguards vendredi dernier.
Il ne fallait pas être un initié, spécialiste
de la boule de cristal, pour prévoir ce qui allait arriver.
Dans notre édition de mardi dernier 23 mai, nous annoncions
déjà “ la semaine de tous les dangers ”
en parlant des préparatifs de ces congrès. Les partisans
de Ni John Fru Ndi ayant l’habitude des expéditions
punitives. Avec la bénédiction des autorités
administratives, dirait-on. Par le passé, Christophe Takoudjou
avait déjà essuyé la même “ correction
” quand il organisait un congrès similaire. Il avait
pourtant démissionné du Sdf avec Mahamat Souleyman
et d’autres. Non seulement leur congrès avait été
perturbé, le matériel, dont des ordinateurs avaient
été saccagés, le domicile de Christophe Takoudjou
à Bastos n’avait pas été épargné.
L’expédition a duré près de trois heures
d’horloge. Sans la moindre intervention des forces de l’ordre.
Hillary Kebila, communicateur du Sdf à l’époque
des faits avait failli passer de vie à trépas, Fru
Ndi ayant demandé à ses vanguards de lui “ ramener
la tête de Kebila ”. Parmi les autres victimes de cette
sauvagerie, Mme Assembe.
En son temps, pour justifier la répression contre les militants
de l’Upc, le président Ahidjo disait que “ l’Upc
se manifeste par des actes de vandalisme, de spoliation et de séquestration.
” Les upécistes n’étaient que d’innocents
choristes à côté des vanguards du chairman.
Devant les prestations hystériques des hordes de Fru Ndi,
la célèbre formule du président Ahmadou Ahidjo
leur sied comme la peau sur les muscles.
On se rappelle d’ailleurs qu’en 1996, lorsque Le Messager
avait publié la non mois célèbre interview
de John Fru Nid où il affirmait : “ Je ne traite pas
avec les petits leaders ”, les mêmes vanguards ont été
déversés dans les rues pour saisir et détruire
le journal.
Les exactions commises par le Sdf de John Fru Ndi, sa politique
d’exclusion, la dictature frundienne consacrée au congrès
de Bamenda sont autant d’éléments qui amènent
aujourd’hui de nombreux Camerounais à dire que même
s’il y a eu “ victoire volée ” en 1992,
c’était un acte salutaire car Fru Ndi et ses partisans
projettent plutôt des images des sanguinaires Fodé
Sankoh de Sierra Léonne et Charles Taylor du Liberia. Comment,
à l’ère où l’on parle de l’ouverture
démocratique et de modernisation, un parti politique peut-il
concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un individu
qui ne rassure que ceux qui, d’une manière ou d’une
autre, mangent avec lui les subsides que leur offre le régime
en place ? Une bande d’illuminés qui rêvent quand
même d’arriver au pouvoir. Une chose est sûre
: ce pays a suffisamment subi des meurtrissures : indépendance
dans le sang, toutes les formes de terrorisme dont le terrorisme
d’Etat, les coupes sévères de salaire, le chômage
endémique etc. pour se donner un régime d’exclusion
et de vandalisme. Les Camerounais doivent se lever comme un seul
homme pour barrer la voie au totalitarisme.
Par Jacques DOO BELL
Le 30-05-2006
Le Messager
LA FRANCE ET SON
HISTOIRE COLONIALE:
Communiqué
du Conseil Mondial de la Diaspora Panafricaine (CMDP)
Lettre ouverte au Ministre de l’Intérieur de
la République Française,
à l’occasion de sa visite en Martinique.
Par Edouard
GLISSANT et Patrick
CHAMOISEAU (tous deux écrivains martiniquais)
M. le Ministre de l’Intérieur,
La Martinique est une vieille terre d’esclavage, de colonisation,
et de néo-colonisation. Mais cette interminable douleur est
un maître précieux : elle nous a enseigné l’échange
et le partage. Les situations déshumanisantes ont ceci de
précieux qu’elles préservent, au cœur des
dominés, la palpitation d’où monte toujours
une exigence de dignité. Notre terre en est des plus avides.
Il n’est pas concevable qu’une Nation se renferme aujourd’hui
dans des étroitesses identitaires telles que cette Nation
en soit amenée à ignorer ce qui fait la communauté
actuelle du monde : la volonté sereine de partager les vérités
de tout passé commun et la détermination à
partager aussi les responsabilités à venir. La grandeur
d’une Nation ne tient pas à sa puissance, économique
ou militaire (qui ne peut être qu’un des garants de
sa liberté), mais à sa capacité d’estimer
la marche du monde, de se porter aux points où les idées
de générosité et de solidarité sont
menacées ou faiblissent, de ménager toujours, à
court et à long terme, un avenir vraiment commun à
tous les peuples, puissants ou non. Il n’est pas concevable
qu’une telle Nation ait proposé par une loi (ou imposé)
des orientations d’enseignement dans ses établissements
scolaires, comme aurait fait le premier régime autoritaire
venu, et que ces orientations visent tout simplement à masquer
ses responsabilités dans une entreprise (la colonisation)
qui lui a profité en tout, et qui est de toutes manières
irrévocablement condamnable.
Les problèmes des immigrations sont mondiaux : les pays pauvres,
d’où viennent les immigrants, sont de plus en plus
pauvres, et les pays riches, qui accueillaient ces immigrants, qui
parfois organisaient leur venue pour les besoins de leurs marchés
du travail et, disons-le, en pratiquaient comme une sorte de traite,
atteignent peut-être aujourd’hui un seuil de saturation
et s’orientent maintenant vers une traite sélective.
Mais les richesses créées par ces exploitations ont
généré un peu partout d’infinies pauvretés,
lesquelles suscitent alors de nouveaux flux humains : le monde est
un ensemble où l’abondance et le manque ne peuvent
plus s’ignorer, surtout si l’une provient de l’autre.
Les solutions proposées ne sont donc pas à la hauteur
de la situation. Une politique d’intégration (en France)
ou une politique communautariste (en Angleterre), voilà les
deux orientations générales qu’adoptent les
gouvernements intéressés. Mais dans les deux cas,
les communautés d’immigrants, abandonnées sans
ressources dans des ghettos invivables, ne disposent d’aucun
moyen réel de participer à la vie de leur pays d’accueil,
et ne peuvent participer de leurs cultures d’origine que de
manière tronquée, méfiante, passive : ces cultures
deviennent en certains cas des cultures du retirement. Aucun des
choix gouvernementaux ne propose une véritable politique
de la Relation : l’acceptation franche des différences,
sans que la différence de l’immigrant soit à
porter au compte d’un communautarisme quelconque ; la mise
en oeuvre de moyens globaux et spécifiques, sociaux et financiers,
sans que cela entraîne une partition d’un nouveau genre
; la reconnaissance d’une interpénétration des
cultures, sans qu’il y aille d’une dilution ou d’une
déperdition des diverses populations ainsi mises en contact
: réussir à se situer dans ces points d’équilibre
serait vivre réellement l’une des beautés du
monde, sans pour autant perdre de vue les paysages de ses horreurs.
Si chaque nation n’est pas habitée de ces principes
essentiels, les nominations exemplaires sur la base d’une
apparence physique, les discriminations vertueuses, les quotas déculpabilisants,
les financements de cultes par une laïcité forcée
d’aller plus loin, et toutes les aides versées aux
humanités du Sud encore victimes des vieilles dominations,
ne font qu’effleurer le monde sans pour autant s’y confronter.
Ces mesures laissent d’ailleurs fleurir autour d’elles
les charters quotidiens, les centres de rétention, les primes
aux raideurs policières, les scores triomphants des expulsions
annuelles : autant de réponses théâtrales à
des menaces que l’on s’invente ou que l’on agite
comme des épouvantails, autant d’échecs d’une
démarche restée insensible au réel.
Aucune situation sociale, même la plus dégradée,
et même surtout celle-là, ne peut justifier d’un
traitement de récurage. Face à une existence, même
brouillée par le plus accablant des pedigrees judiciaires,
il y a d’abord l’informulable d’une détresse
: c’est toujours de l’humain qu’il s’agit,
le plus souvent broyé par les logiques économiques.
Une République qui offre un titre de séjour, ouvre
en fait sa porte à une dignité humaine à laquelle
demeure le droit de penser, de commettre des erreurs, de réussir
ou d’échouer comme peut le faire tout être vivant,
et cette République peut alors punir selon ses lois mais
en aucun cas retirer ce qui avait été donné.
Le don qui chosifie, l’accueil qui suppose la tête baissée
et le silence, sont plus proches de la désintégration
que de l’intégration, et sont toujours très
loin des humanités.
Le monde nous a ouvert à ses complexités. Chacun est
désormais un individu, riche de plusieurs appartenances,
sans pouvoir se réduire à l’une d’elles,
et aucune République ne pourra s’épanouir sans
harmoniser les expressions de ces multi-appartenances. De telles
identités-relationnelles ont encore du mal à trouver
leur place dans les Républiques archaïques, mais ce
qu’elles suscitent comme imprécations sont souvent
le désir de participation à une alter-République.
Les Républiques « unes et indivisibles » doivent
laisser la place aux entités complexes des Républiques
unies qui sont à même de pouvoir vivre le monde dans
ses diversités. Nous croyons à un pacte républicain,
comme à un pacte mondial, où des nations naturelles
(des nations encore sans État comme la nôtre) pourront
placer leur voix, et exprimer leur souveraineté. Aucune mémoire
ne peut endiguer seule les retours de la barbarie : la mémoire
de la Shoah a besoin de celle de l’esclavage, comme de toutes
les autres, et la pensée qui s’y dérobe insulte
la pensée. Le moindre génocide minoré nous
regarde fixement et menace d’autant les sociétés
multi-trans-culturelles. Les grands héros des histoires nationales
doivent maintenant assumer leur juste part de vertu et d’horreur,
car les mémoires sont aujourd’hui en face des vérités
du monde, et le vivre-ensemble se situe maintenant dans les équilibres
des vérités du monde. Les cultures contemporaines
sont des cultures de la présence au monde. Les cultures contemporaines
ne valent que par leur degré de concentration des chaleurs
culturelles du monde. Les identités sont ouvertes, et fluides,
et s’épanouissent par leur capacité à
se « changer en échangeant » dans l’énergie
du monde. Mille immigrations clandestines, mille mariages arrangés,
mille regroupements familiaux factices, ne sauraient décourager
la juste posture, accueillante et ouverte. Aucune crainte terroriste
ne saurait incliner à l’abandon des principes du respect
de la vie privée et de la liberté individuelle. Dans
une caméra de surveillance, il y a plus d’aveuglement
que d’intelligence politique, plus de menace à terme
que de générosité sociale ou humaine, plus
de régression inévitable que de progrès réel
vers la sécurité…
C’est au nom de ces idées, du fait de ces principes
seuls, que nous sommes à même de vous souhaiter, de
loin, mais sereinement, la bienvenue en Martinique.
Edouard GLISSANT
Patrick CHAMOISEAU
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