«A people without the knowledge of their past history, origin and culture is like a tree without roots«
Marcus Garvey
«La liberté coûte très cher et il faut,
ou se résigner à vivre sans elle,
ou se décider à la payer son prix.«
José Marti

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"La plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l'homme resté seul et qui continue de lutter dans son coeur. Je ne veux pas qu'aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds."

 

DES VANDALES DANS LA COURSE AU POUVOIR

Le 26 mai 1990, six personnes ont trouvé la mort lors des manifestations marquant le lancement du Social democratic front (Sdf) à Bamenda. 26 mai 2006, un mort et de nombreux blessés dont 4 dans un état critique à Yaoundé, consacrant la partition de ce parti. Et pour cause, au plus fort d’une crise qui secoue le Sdf depuis quelques années déjà, le président de la Cellule des conseillers, Clément Ngwasiri, l’ancien directeur de campagne du chairman Ni John Fru Ndi, Bernard Muna ancien bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun, et bien d’autres cadres du parti, forts de décisions de justice s’engagent à tenir à Yaoundé un congrès national au moment même où le chairman et ses partisans tiennent le leur à Bamenda.


Aveuglés par une intolérance inqualifiable, les partisans de Ni John Fru Ndi, les tristement célèbres vanguards partis de Bamenda et de Douala font irruption à Yaoundé dans la nuit du 25 au 26 mai, investissent la permanence du Sdf, non loin du ministère de la Défense et du quartier général des forces armées. Armés de machettes, de gourdins et de flèches, les vanguards font pleuvoir des projectiles de toutes sortes sur le bâtiment où l’on mettait la dernière main sur la convention de Yaoundé. Après ce violent coup de semonce, l’assaut est donné. Les commis du secrétariat administratif qui ne s’attendaient point à un tel raid sont surpris par des assaillants qui leur tombent dessus, blessant plusieurs d’entre eux, tuant le secrétaire administratif pour le Centre.


Une fois encore, après le raid de la même violence perpétré contre Christophe Takoudjou en 1998 par les mêmes hordes fanatisées à l’extrême, les pouvoirs publics restent indifférents. Ce qui amène les observateurs à conclure qu’une complicité lie fortement le Sdf de Ni John Fru Ndi et le pouvoir Rdpc. On connaît les autorités camerounaises extrêmement pointilleuses en matière de trouble à l’ordre public. Ce qui explique que les partis politiques de l’opposition, hormis le Sdf, ont toujours du mal, beaucoup de mal, à obtenir l’autorisation d’organiser la moindre manifestation. Celle que la sous-préfecture de Yaoundé a octroyée à la circonscription Sdf-Centre pour la tenue du congrès du 26 mai 2006 aurait été annulée en catimini. Sans que les intéressés en soient informés. La direction du Palais des congrès qui a bien mis leur salle à la disposition des congressistes de Yaoundé évite soigneusement de dire le moindre mot sur le sujet après la barbarie perpétrée par les vanguards vendredi dernier.


Il ne fallait pas être un initié, spécialiste de la boule de cristal, pour prévoir ce qui allait arriver. Dans notre édition de mardi dernier 23 mai, nous annoncions déjà “ la semaine de tous les dangers ” en parlant des préparatifs de ces congrès. Les partisans de Ni John Fru Ndi ayant l’habitude des expéditions punitives. Avec la bénédiction des autorités administratives, dirait-on. Par le passé, Christophe Takoudjou avait déjà essuyé la même “ correction ” quand il organisait un congrès similaire. Il avait pourtant démissionné du Sdf avec Mahamat Souleyman et d’autres. Non seulement leur congrès avait été perturbé, le matériel, dont des ordinateurs avaient été saccagés, le domicile de Christophe Takoudjou à Bastos n’avait pas été épargné. L’expédition a duré près de trois heures d’horloge. Sans la moindre intervention des forces de l’ordre. Hillary Kebila, communicateur du Sdf à l’époque des faits avait failli passer de vie à trépas, Fru Ndi ayant demandé à ses vanguards de lui “ ramener la tête de Kebila ”. Parmi les autres victimes de cette sauvagerie, Mme Assembe.


En son temps, pour justifier la répression contre les militants de l’Upc, le président Ahidjo disait que “ l’Upc se manifeste par des actes de vandalisme, de spoliation et de séquestration. ” Les upécistes n’étaient que d’innocents choristes à côté des vanguards du chairman. Devant les prestations hystériques des hordes de Fru Ndi, la célèbre formule du président Ahmadou Ahidjo leur sied comme la peau sur les muscles.
On se rappelle d’ailleurs qu’en 1996, lorsque Le Messager avait publié la non mois célèbre interview de John Fru Nid où il affirmait : “ Je ne traite pas avec les petits leaders ”, les mêmes vanguards ont été déversés dans les rues pour saisir et détruire le journal.


Les exactions commises par le Sdf de John Fru Ndi, sa politique d’exclusion, la dictature frundienne consacrée au congrès de Bamenda sont autant d’éléments qui amènent aujourd’hui de nombreux Camerounais à dire que même s’il y a eu “ victoire volée ” en 1992, c’était un acte salutaire car Fru Ndi et ses partisans projettent plutôt des images des sanguinaires Fodé Sankoh de Sierra Léonne et Charles Taylor du Liberia. Comment, à l’ère où l’on parle de l’ouverture démocratique et de modernisation, un parti politique peut-il concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un individu qui ne rassure que ceux qui, d’une manière ou d’une autre, mangent avec lui les subsides que leur offre le régime en place ? Une bande d’illuminés qui rêvent quand même d’arriver au pouvoir. Une chose est sûre : ce pays a suffisamment subi des meurtrissures : indépendance dans le sang, toutes les formes de terrorisme dont le terrorisme d’Etat, les coupes sévères de salaire, le chômage endémique etc. pour se donner un régime d’exclusion et de vandalisme. Les Camerounais doivent se lever comme un seul homme pour barrer la voie au totalitarisme.

Par Jacques DOO BELL
Le 30-05-2006
Le Messager

 

LA FRANCE ET SON HISTOIRE COLONIALE:

Communiqué du Conseil Mondial de la Diaspora Panafricaine (CMDP)


Lettre ouverte au Ministre de l’Intérieur de la République Française,
à l’occasion de sa visite en Martinique.


Par Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU (tous deux écrivains martiniquais)


M. le Ministre de l’Intérieur,

La Martinique est une vieille terre d’esclavage, de colonisation, et de néo-colonisation. Mais cette interminable douleur est un maître précieux : elle nous a enseigné l’échange et le partage. Les situations déshumanisantes ont ceci de précieux qu’elles préservent, au cœur des dominés, la palpitation d’où monte toujours une exigence de dignité. Notre terre en est des plus avides.


Il n’est pas concevable qu’une Nation se renferme aujourd’hui dans des étroitesses identitaires telles que cette Nation en soit amenée à ignorer ce qui fait la communauté actuelle du monde : la volonté sereine de partager les vérités de tout passé commun et la détermination à partager aussi les responsabilités à venir. La grandeur d’une Nation ne tient pas à sa puissance, économique ou militaire (qui ne peut être qu’un des garants de sa liberté), mais à sa capacité d’estimer la marche du monde, de se porter aux points où les idées de générosité et de solidarité sont menacées ou faiblissent, de ménager toujours, à court et à long terme, un avenir vraiment commun à tous les peuples, puissants ou non. Il n’est pas concevable qu’une telle Nation ait proposé par une loi (ou imposé) des orientations d’enseignement dans ses établissements scolaires, comme aurait fait le premier régime autoritaire venu, et que ces orientations visent tout simplement à masquer ses responsabilités dans une entreprise (la colonisation) qui lui a profité en tout, et qui est de toutes manières irrévocablement condamnable.


Les problèmes des immigrations sont mondiaux : les pays pauvres, d’où viennent les immigrants, sont de plus en plus pauvres, et les pays riches, qui accueillaient ces immigrants, qui parfois organisaient leur venue pour les besoins de leurs marchés du travail et, disons-le, en pratiquaient comme une sorte de traite, atteignent peut-être aujourd’hui un seuil de saturation et s’orientent maintenant vers une traite sélective. Mais les richesses créées par ces exploitations ont généré un peu partout d’infinies pauvretés, lesquelles suscitent alors de nouveaux flux humains : le monde est un ensemble où l’abondance et le manque ne peuvent plus s’ignorer, surtout si l’une provient de l’autre. Les solutions proposées ne sont donc pas à la hauteur de la situation. Une politique d’intégration (en France) ou une politique communautariste (en Angleterre), voilà les deux orientations générales qu’adoptent les gouvernements intéressés. Mais dans les deux cas, les communautés d’immigrants, abandonnées sans ressources dans des ghettos invivables, ne disposent d’aucun moyen réel de participer à la vie de leur pays d’accueil, et ne peuvent participer de leurs cultures d’origine que de manière tronquée, méfiante, passive : ces cultures deviennent en certains cas des cultures du retirement. Aucun des choix gouvernementaux ne propose une véritable politique de la Relation : l’acceptation franche des différences, sans que la différence de l’immigrant soit à porter au compte d’un communautarisme quelconque ; la mise en oeuvre de moyens globaux et spécifiques, sociaux et financiers, sans que cela entraîne une partition d’un nouveau genre ; la reconnaissance d’une interpénétration des cultures, sans qu’il y aille d’une dilution ou d’une déperdition des diverses populations ainsi mises en contact : réussir à se situer dans ces points d’équilibre serait vivre réellement l’une des beautés du monde, sans pour autant perdre de vue les paysages de ses horreurs.


Si chaque nation n’est pas habitée de ces principes essentiels, les nominations exemplaires sur la base d’une apparence physique, les discriminations vertueuses, les quotas déculpabilisants, les financements de cultes par une laïcité forcée d’aller plus loin, et toutes les aides versées aux humanités du Sud encore victimes des vieilles dominations, ne font qu’effleurer le monde sans pour autant s’y confronter. Ces mesures laissent d’ailleurs fleurir autour d’elles les charters quotidiens, les centres de rétention, les primes aux raideurs policières, les scores triomphants des expulsions annuelles : autant de réponses théâtrales à des menaces que l’on s’invente ou que l’on agite comme des épouvantails, autant d’échecs d’une démarche restée insensible au réel.


Aucune situation sociale, même la plus dégradée, et même surtout celle-là, ne peut justifier d’un traitement de récurage. Face à une existence, même brouillée par le plus accablant des pedigrees judiciaires, il y a d’abord l’informulable d’une détresse : c’est toujours de l’humain qu’il s’agit, le plus souvent broyé par les logiques économiques. Une République qui offre un titre de séjour, ouvre en fait sa porte à une dignité humaine à laquelle demeure le droit de penser, de commettre des erreurs, de réussir ou d’échouer comme peut le faire tout être vivant, et cette République peut alors punir selon ses lois mais en aucun cas retirer ce qui avait été donné. Le don qui chosifie, l’accueil qui suppose la tête baissée et le silence, sont plus proches de la désintégration que de l’intégration, et sont toujours très loin des humanités.


Le monde nous a ouvert à ses complexités. Chacun est désormais un individu, riche de plusieurs appartenances, sans pouvoir se réduire à l’une d’elles, et aucune République ne pourra s’épanouir sans harmoniser les expressions de ces multi-appartenances. De telles identités-relationnelles ont encore du mal à trouver leur place dans les Républiques archaïques, mais ce qu’elles suscitent comme imprécations sont souvent le désir de participation à une alter-République. Les Républiques « unes et indivisibles » doivent laisser la place aux entités complexes des Républiques unies qui sont à même de pouvoir vivre le monde dans ses diversités. Nous croyons à un pacte républicain, comme à un pacte mondial, où des nations naturelles (des nations encore sans État comme la nôtre) pourront placer leur voix, et exprimer leur souveraineté. Aucune mémoire ne peut endiguer seule les retours de la barbarie : la mémoire de la Shoah a besoin de celle de l’esclavage, comme de toutes les autres, et la pensée qui s’y dérobe insulte la pensée. Le moindre génocide minoré nous regarde fixement et menace d’autant les sociétés multi-trans-culturelles. Les grands héros des histoires nationales doivent maintenant assumer leur juste part de vertu et d’horreur, car les mémoires sont aujourd’hui en face des vérités du monde, et le vivre-ensemble se situe maintenant dans les équilibres des vérités du monde. Les cultures contemporaines sont des cultures de la présence au monde. Les cultures contemporaines ne valent que par leur degré de concentration des chaleurs culturelles du monde. Les identités sont ouvertes, et fluides, et s’épanouissent par leur capacité à se « changer en échangeant » dans l’énergie du monde. Mille immigrations clandestines, mille mariages arrangés, mille regroupements familiaux factices, ne sauraient décourager la juste posture, accueillante et ouverte. Aucune crainte terroriste ne saurait incliner à l’abandon des principes du respect de la vie privée et de la liberté individuelle. Dans une caméra de surveillance, il y a plus d’aveuglement que d’intelligence politique, plus de menace à terme que de générosité sociale ou humaine, plus de régression inévitable que de progrès réel vers la sécurité…
C’est au nom de ces idées, du fait de ces principes seuls, que nous sommes à même de vous souhaiter, de loin, mais sereinement, la bienvenue en Martinique.

Edouard GLISSANT
Patrick CHAMOISEAU

 
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O. Sangaré
Fela : The Madmen of Africa
 
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