 |
| Après une bataille en 2006 |
Le Président tchadien Idriss Déby est encerclé dans son palais dépuis ce matin. Cependant il peut, selon Abakar Tollimi, un des responsables de la coalition rebelle, à tout moment quitter librement le pays s'il le veut.
Cependant selon des rumeurs insistantes circulant à Djamena et dans les milieux de la Françafrique Idriss Déby aurait déjà fui et serait au Gabon.
"Nous contrôlons la situation, nous contrôlons la ville, il y a des poches de résistance. Ils [les soldats gouvernementaux] sont juste autour du palais présidentiel et font du pilonnage à l'arme lourde", a indiqué samedi après-midi Abakar Tollimi à la presse. "On suppose que Deby est dedans. S'il veut partir nous n'y voyons pas de problème" a-t-il ajouté.
Après trois heures d'affrontements intensifs avec les troupes gouvernementales, les combattants rebelles se sont emparés samedi de N'Djamena. Le président tchadien avait essayé à la mi-journée de desserrer l'étau qui l'encercle en faisant tirer des chars T-55 protégeant le palais. Selon des temoins cités par la BBC environ une trentaine de chars gouvernement sont en feu au centre de la capitale.
On ne dispose jusqu'à ce moment (18H00 GMT) d'aucune information sur les victimes civiles des combats.
La maison d'arrêt de N'Djamena a été prise par les rebelles et tous les prisonniers ont été libérés samedi, ont rapporté des témoins. Des scènes de pillages ont été enregistrées dès l'arrivée des rebelles dans la capitale, selon des responsables de services de sécurité d'organisme internationaux, et une colonne de fumée noire s'élevait dans le secteur de la présidence. Mais on ne sait pas si ces pillages sont commis par des rebelles, des militaires en fuite ou par des civils profitant du cafouillage.
L'Ambasade de l'Arabie Saoudite a été atteinte et endommagée par des tirs à l'arme lourde dont on ignore l'origine avec précision. Deux victimes sont à déplorer.
 |
| Le Tchad |
Des temoins affirment que dans certains quartiers la population a accueilli par des cris de joie l'arrivée des rebelles. Ceux-ci, en treillis vert olive et portant des brassards blancs, circulent dans la capitale dans des pick-up camouflés.
Les tirs intenses enregistrés au cours de matinée étaient devenus "beaucoup plus sporadiques" peu avant 12H00 locales (11H00 GMT), a constaté un journaliste de l'AFP.
L'Union africaine a mandaté le président congolais Denis Sassou Nguesso et le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour "trouver une solution négociée à la crise actuelle" au Tchad, selon le communiqué final du sommet de l'UA à Addis Abeba.Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Amad Allam-Mi, a confirmé pour sa part à Addis Abeba, en marge du 10e sommet de l'Union africaine (UA), qu'Idriss Deby Itno était bien "à la présidence", tout en niant une situation militaire défavorable.
Les affrontements ont commencé peu après 08H00 (07H00 GMT) à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville, avant de s'étendre rapidement à toute la ville.
Une source militaire française a indiqué à l'AFP qu'environ 2.000 rebelles tchadiens, dans trois colonnes, avaient pénétré dans la capitale à bord de 4X4, équipés de mitrailleuses, de lance-roquettes et de fusils d'assaut Kalachnikov.
"Deby et ses troupes sont en débandade. Il va tomber aujourd'hui (samedi) c'est sûr", avait affirmé samedi matin Abakar Tollimi, l'un des chefs de l'alliance des trois principales rébellions tchadiennes, formée à la mi-décembre après de premiers combats menés par ces groupes en ordre dispersé dans l'est du pays.
Depuis lundi, une colonne rebelle composée de quelque 300 véhicules pick-up pouvant transporter dix à quinze hommes chacun, a traversé le Tchad sur 800 km à partir du Soudan, où les groupes avaient établi leurs bases.
 |
| Militaires au Tchad |
Leur progression n'avait pas rencontré de résistance jusqu'à vendredi vers la localité de Massaguet, à 50 km à vol d'oiseau au nord-est de la capitale, où l'ANT était allée vainement tenter de la bloquer avec à sa tête le président Deby. Le chef militaire était arrivé au pouvoir par les armes en 1990, depuis le Soudan lui aussi, en renversant Hissène Habré.
Face à l'intensification des combats, le ministère français des Affaires étrangères a appelé les résidents français dans le pays, dont 85% sont à N'Djamena, à "s'abriter dans leurs habitations".
La chute de N'Djamena coïncide avec le lancement de la force européenne dans l'est du Tchad et en Centrafrique. Les 3.700 hommes de la force, dont 2.100 Français, sont censés d'ici à fin mai protéger les réfugiés du Darfour (ouest du Soudan) ainsi que les déplacés internes tchadiens et centrafricains, soit 450.000 personnes au total.
Tchad : chronologie |
- Juin 2005 : Le Président fait modifier la Constitution pour lever la limitation des mandats. Il veut ainsi obtenir un troixième mandat présidentiel. L'opposition et la société civile mettent en garde contre le risque de reprise de la guerre civile.
- Avril 2006 : des centaines de morts lors d'affrontements entre les rebelles et l'Armée tchadienne sur la route de Djamena.
- Mai 2006 : le Président Idriss Deby gagne les élections présidentielles boycottées par l'opposition. Les résultats sont entâchées de fraudes massives et de violences.
- Janvier 2008 : l'UE approuve l'envoi de plusieurs milliers de soldats de maintien de la paix pour officiellement protéger les réfugiés du Darfour.
|
Plusieurs experts, ainsi que les autorités tchadiennes, estiment que le Soudan, parrain des rebelles tchadiens, les a incités à attaquer pour perturber ce déploiement à ses portes.
Samedi, dans un communiqué clôturant son sommet en Ethiopie, l'Union africaine "condamne" l'attaque et exige la fin des combats. Elle menace d'exclure le Tchad de l'organisation panafricaine si le Président Déby est renversé par la force.
La France quant à elle "condamne fermement la tentative de prise du pouvoir par la force" au Tchad "par des groupes armés venus de l'extérieur". Selon une déclaration publiée samedi après-midi par le ministère des affaires étrangères dans un communiqué, Paris appelle à "l'apaisement et à la réconciliation" et apporte son "soutien à la médiation que vient d'engager l'Union africaine en ce sens". "La France est attachée à l'unité et à la stabilité du Tchad. Dans cet esprit, elle appelle à la fin des violences, à la reprise sans délai du dialogue politique et à l'accélération des efforts visant à la stabilité régionale, notamment dans le cadre de l'Union africaine et de l'ONU", ajoute le communiqué. Nicolas Sarkozy s'était "entretenu longuement" avec son homologue tchadien, Idriss Déby, samedi matin. Paris et N'Djamena sont liés par des accords de défense de 1986 basés sur "l'intégrité territoriale du Tchad" .
Certains pays etrangers ont dejà procedé à l'evacuation de leurs ressortissants. Ainsi la Chine a organisé dès vendredi l'evacuation de 212 de ses citoyens (y compris deux taiwanais) vers le Cameroun. Selon l'agence Xinhua le Ministère chinois des Affaires Etrangères a juste activé un mecanisme d'urgence dès que la situation a été jugée critique. Cependant 80 Chinois sont restés dans le pays pour assurer le service minimal dans divers services et entreprises. La France et les Etats-Unis ont affirmé être prêts à évacuer leurs ressortissants si la situation continue à se dégrader.
Roufaou Oumarou
(Autres sources : AFP/BBC/REUTERS/Panapress/Xinhua)
|