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Le 20 mai 2007, l’Etat camerounais célébrera le 35ème anniversaire
du passage de l’Etat fédéral à l’Etat unitaire.
La réunification du Cameroun sous la responsabilité de Ahmadou
Ahidjo, tout comme d’ailleurs l’indépendance du Cameroun,
n’est toujours pas une réalité concrète dans le quotidien
des Camerounais.
En 35 années d’Etat unitaire centralisé, tout observateur
objectif et honnête de la vie politique camerounaise reconnaîtra
que les discours officiels sur “ l’unité et la cohésion nationales
” n’ont jamais été aussi vides de sens.
Avec le retour au multipartisme en 1991, l’expression jusque-là
masquée et refoulée du “ malaise anglophone ” s’est révélée
à travers divers mouvements comme la “Cameroon Anglophone
Movement” (Cam), l’Ambazonia Movement, la Free West Cameroon
Movement, la Southern Cameroon National Council (Scnc)…. La
plupart de ces mouvements ont revendiqué dès 1993 un nouveau
cadre constitutionnel nouveau prévoyant un “retour à la République
Fédérale du Cameroun de 1961” supprimée en 1972, à la suite
d’un “ coup d’état référendaire ” du dictateur Ahmadou Ahidjo.
La gestion de “ l’Etat unitaire ”, par les gouvernements dictatoriaux
Unc-Rdpc qui se sont succédé, a été ressentie par la communauté
anglophone comme “ une politique d’assimilation et de francophonisation
” en lieu et place d’une réelle politique normative de promotion
d’un bilinguisme égalitaire. Cette situation s’est manifestée
plus durement dans le système éducatif et judiciaire, cristallisant
les frustrations des Camerounais d’expression anglaise.
Le gouvernement Rdpc de Paul Biya a toujours nié l’existence
d’une “ question anglophone ” au Cameroun, et s’est toujours
refusé à tout dialogue avec les représentants des mouvements
autonomistes anglophones, tout en réprimant brutalement leur
expression. Cette politique de fuite en avant du régime face
à ce qu’il faut bien reconnaître comme étant “ la question
ou le problème anglophone” est porteuse de graves risques
pour notre pays. Certains des mouvements radicaux anglophones
pourraient, en effet, être utilisés par un des pays voisins
du Cameroun pour nous déstabiliser.
Le CODE appelle le régime dictatorial Rdpc au pouvoir à faire
le bilan de plus de dix années de répression barbare contre
les mouvements autonomistes anglophones et à reconnaître l’échec
lamentable de sa politique de violence comme moyen de règlement
de la question anglophone. Cette option totalitaire du gouvernement
antidémocratique, n’a eu pour conséquence que la radicalisation
de ces mouvements dont certains ont occupé, le 31 décembre
1999, la station Crtv de Buéa pour proclamer “l’indépendance
du Southern Cameroon”. Les forces armées camerounaises, toujours
mises en alerte maximum dans les provinces du Nord-Ouest et
Sud-Ouest à l’approche du 1er octobre de chaque année, ont
montré leur incapacité à empêcher les manifestations des groupes
autonomistes anglophones. La politique de répression a donc
été un échec cinglant sur toute la ligne!
En plus de la question anglophone, le tribalisme en général
et le tribalisme d’Etat en particulier, créée, nourri et entretenu
par le Rdpc et ses élites corrompues, comme politique de tous
les gouvernements Biya, montre que le discours officiel sur
“l’unité nationale” n’est que pure démagogie. La constitution
inique du 18 janvier 1996, qui divise les Camerounais en “
autochtones ” et en “ allogènes ” et qui instrumentalise les
groupes ethniques, est la porte ouverte à un apartheid social
et politique inacceptable dans une République démocratique.
Pour le CODE, la question anglophone et la problématique de
l’unité nationale au Cameroun font partie intégrante du problème
national camerounais à savoir l’absence de projet démocratique
et l’illégitimité originelle qui est devenue une marque de
fabrique des tenants du pouvoir au Cameroun depuis 1957. Ces
problèmes ne peuvent être résolus en dehors d’un cadre démocratique
véritable consacrant la légitimité des acteurs politiques
appelés à conduire une réelle stratégie de cohésion nationale.
A l’occasion du 35ème anniversaire de l’Etat unitaire, le
CODE appelle le gouvernement camerounais :
- A ouvrir un dialogue constructif avec les mouvements anglophones,
autonomistes ou non, et notamment avec la Southern Cameroon
National Council (Scnc);
- A libérer l’ensemble des activistes anglophones encore détenus
dans les prisons et à faire la lumière sur les cas de disparitions
dont font état les activistes anglophones depuis plusieurs
années ;
- A mettre en œuvre une véritable politique de décentralisation
possible pour donner un statut semi-autonome consacrant des
pouvoirs très larges aux collectivités territoriales décentralisées.
L’unité nationale que le régime camerounais dit vouloir célébrer
ce 20 mai 2007 ne sera qu’une comédie tant que le régime néo-colonial
au pouvoir continuera à faire la politique de l’autruche face
aux lignes de fractures qui menacent notre pays de désintégration.
Pour le Comité de Coordination du CODE
Par Dr Moïse Essoh : Secrétaire Exécutif
Email: comitedesuivicode@yahoo.fr
Le 18-05-2007
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