Dans un article publié le 05 novembre dernier
Le Messager constatait
que "les milieux de l’armée et de la sécurité
en général vivent une singulière frilosité
depuis" l'ouverture d'une enquête sur un projet
présumé de putsch militaire contre le regime
de Paul Biya. Le journal de Pius Njawé revelait dans
le même article des arrestations d’officiers supérieurs
de l'Armée camerounaise.
Aujourd'hui nous savons que les arrestations ont été massives
et ont frappé des soldats de rang, des sous-officiers et des officiers
supérieurs. Selon nos informations les hommes dont les noms suivent font
partie des militaires et civils arrêtés (liste non exhaustive):
- Lieutenant colonel KOUE Emmanuel
- Lieutenant AKTAYE Isaac
- Lieutenant NOMO
- Lieutenant MUE
- Lieutenant HOUE Charles
- Second maître LITASSOU
- Second maître OUSMAN Boukar
- Second maître OUSMANOU André
- Second Maître BOUKONO
- Adjudant BOBIE
- Maréchal des logis GASISSOU
- Sergent WAPI
- Sergent NKOUE
- Sergent MADOU A.
- Caporal chef SAMBA NYAME
- Caporal chef NDONFACK
- Caporal chef NJIKAM
- Caporal chef MBALLA ONDOUA
- Caporal chef BELINGA AMOUGOU
- Mr GNOWA Luc, directeur de l’Alliance biblique du Cameroun,
est enlevé par des éléments du secrétariat d’Etat
à la Défense (Sed). Au moment de sa libération ses proches
ont dû le conduire d'urgence à l'hopital, conséquence
probable des mauvais traitements qu'il a subi.
La plupart des militaires arrêtés l'ont été
de manière purement arbitraite. En effet dans cet atmosphère
de psychose générale le regime de Yaoundé
parait avoir mis en oeuvre ce que la presse a appellé
"le principe de précaution" : comme l'affirme
Le Messager
"l’on ne sait toujours pas grand-chose de ce schème
qui ressemble, d’entrée de jeu, à un vaste
procès d’intention". Alors on arrête
tous ceux qui seraient proches, d'une manière ou d'une
autre, y compris par la simple appartenance tribale, de l'homme
qui inspire dépuis plus de deux décennies une
trouille bleue au pouvoir camerounais : le Capitaine Guérandi
Mbara.
D'après la presse écrite camerounaise des soldats, des sous-officiers
et des officiers ont été arrêtés
juste parce qu'il sont Toupouri ou parce qu'ils ont eu à
travailler avec le Capitaine Guérandi avant...1984.
Détenus au secret depuis leur arrestation, les prisonniers
risquent fortement d’être torturés et soumis
à d’autres formes d'atrocités et de mauvais
traitements.
Il suffit de parcourir les publications des organismes nationaux et internationaux
de défense des droits de l'Homme pour se convaincre
que le bilan dressé en 2003 par un
rapport sur le Cameroun de la FIDH(*) intitulé
" La Torture : une réalité «
banale », une impunité systématique "
garde toute son actualité. Extraits.
"Le rapport dresse un bilan inquiétant de la situation des
droits
de l’Homme dans le pays : tout en démontrant la
paranoïa sécuritaire du régime et ses dérives
(p. 8-9) ainsi que les dysfonctionnements d’une justice
trop souvent militaire (p. 7-8), les chargés de mission
ont particulièrement insisté sur la pratique de
la torture au Cameroun.
Ils stigmatisent tout d’abord cette pratique dans les commissariats
de police et gendarmeries après une arrestation (p.10-12). L’enquête
préliminaire se résume, selon un journaliste camerounais, par
la « quête de l’aveu forcé » lors de gardes à
vue prolongées. Une liste macabre de 45 personnes décédées
depuis janvier 2003, seulement quelques jours après leur arrivée
dans la prison centrale de Douala, est à cet égard édifiante
(p. 13).
Le rapport souligne ensuite les conditions déplorables de détention
dans les prisons, traitements inhumains et dégradants : surpopulation
carcérale due notamment au grand nombre de détentions provisoires,
accès payant aux soins, assistance judiciaire déficiente, etc.
« Rien n’est aux normes », aux dires de certains administrateurs
pénitenciers (p.12-17).
Les chargés de mission insistent en outre sur les arrestations et
détentions arbitraires ainsi que les actes de torture perpétrés
sous les ordres des chefs traditionnels au nom d’une justice coutumière.
Tout-puissants, ceux que l’on nomme les Lamidos, mettent à terre
l’autorité légitime de l’Etat en matière de
justice avec, paradoxalement, la complicité silencieuse du pouvoir, vraisemblablement
soucieux de conserver une assise électorale.
Les actes de torture demeurent très largement impunis. Même
si les autorités nationales rappellent qu’une loi de 1997 sanctionne
les tortionnaires, les victimes et leurs familles hésitent à porter
plainte, soit par peur des représailles, soit découragées
par une justice partiale."
En lisant ces lignes on ne s'étonnera pas d'entendre les Camerounais
considérer la problématique de la torture, des
arrestations arbitraires et de l'impunité comme l'enjeu
fondamental de la lutte pour l'Etat de Droit, la bonne gouvernance
et la Démocratie au Cameroun.
©Roufaou Oumarou
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(*) Fédération
Internationale des Droits de l'Homme |