«A people without the knowledge of their past history, origin and culture is like a tree without roots«
Marcus Garvey
«La liberté coûte très cher et il faut,
ou se résigner à vivre sans elle,
ou se décider à la payer son prix.«
José Marti

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"La plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l'homme resté seul et qui continue de lutter dans son coeur. Je ne veux pas qu'aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds."
Rdpc: Comment on fabrique les motions de soutien à Paul Biya
Un brillant article publié par Le Messager sur la tradition des motions de soutien adressées au chef de l’Etat camerounais par les opportunistes de tous bords.
“ Les élites extérieures et intérieures de … ” “ Les militants du parti et forces vives de … ”, “ Les ressortissants du département de … ”, “ constatant … Considérant … vous prient de bien vouloir solliciter un nouveau mandat … afin de continuer l’œuvre de construction nationale que vous conduisez si heureusement ”.
La tradition des motions de soutien adressées au chef de l’Etat et du parti date de l’Unc. Elle fait partie des stratégies de mystification utilisées par la cour du prince pour le persuader que tout le peuple lui est inconditionnellement acquis. Mais, elle peut également servir de prétexte au prince en justifiant son désir de rester au pouvoir, en parfaite conscience que les motions attribuées au peuple ne sont ni sincères ni dudit peuple. Il s’agit alors de faire main-basse sur la souveraineté d’un peuple sous oppression et incapable d’apporter le moindre démenti à ce qu’on dit en leur nom.

Si ces motions émanaient vraiment du peuple, il faudrait conclure que le peuple camerounais est, soit hypnotisé, soit suicidaire, ou alors que, par on ne sait quel mystère, il se rassasie quand le prince et sa cour mangent. A moins d’être tous comme ces femmes qui ne sont heureuses que quand l’homme les bat pour prouver son amour.

Alors, si les motions de soutien et de recommandation ne viennent pas du peuple, d’où viennent-elles ? Autrefois, elles venaient du Comité central du parti. Elles étaient rédigées et distribuées à des chargés de mission qui allaient les lire et les faire applaudir dans les sections départementales du parti, puis retoucher par-ci, par-là, en fonction de la couleur locale. Elles atterrissaient ensuite comme aujourd’hui, dans les rédactions des médias, en particulier ceux de l’Etat.

Il n’est pas évident que les choses se passent de la même manière aujourd’hui, vu l’hétérogénéité de la culture politique du Comité central. Néanmoins, ce sont toujours les prébendiers du régime qui prennent l’initiative des motions, qui les signent parfois tout seuls “ au nom des militants et forces vives ”, voire “ au nom du peuple camerounais ”.

Quoi qu’il en soit, le processus se termine toujours dans un congrès ordinaire ou extraordinaire du parti, ou le chef se fait applaudir en affirmant : “ J’accepte ”. Tradition instaurée par Ahidjo en 1975 à Douala, elle n’a jamais été interrompue, même si Paul Biya le dit sans plagiat. Va-t-il remettre ça ?…
JBS

Agissant au nom des filles et fils du département, la bureaucratie urbaine aux affaires et la minorité de blocage du Rdpc signent pour la révision “ globale ” de la Constitution du 18 janvier 1996.

La grande tromperie de Bafia

Bafia, le 18 novembre 2007. La salle de permanence du Rdpc est pleine. Il s’agit de la tenue de la conférence extraordinaire conjointe élargie des cinq sections Rdpc du Mbam et Inoubou. Les présidents de l’Ojrdpc, de l’Ofrdc, et de la section Rdpc du centre sud et Est se succèdent au podium. Chaque orateur, en bon griot, enchaîne des louanges, des hommages et des motions pour l’éternité et la gloire de Paul Biya. “ Les gens si sont terribles. On ne sait pas d’où ils sortent avec tout ça. Nous n’avons pas été associés, encore moins consultés ”, se plaint un militant de base. “ Il faut bien que les élites prennent l’habitude de mettre au courant leurs camarades. Même si l’on peut être d’accord, la méthode et la démarche de l’élite aux affaires sont suspectes ”, renchérit un membre du conseil municipal de la cité. Comme eux, une bonne fourchette d’habitants est venue écouter. C’est sur place que certains découvrent que la conférence tant vantée est une occasion pour en appeler à la “ révision globale ” de la Constitution.

En lisant la motion de soutien, de déférence et d’encouragement adressée à Paul Biya, l’on est surpris par le contenu. “ Les personnalités politiques, l’élite militante, les élus, les autorités traditionnelles, les responsables locaux du Parti, les militants de base, amis et sympathisants des sections Rdpc du Mbam et Inoubou, réunis à Bafia, le 18 novembre 2007 en conférence extraordinaire conjointe élargie, adressent à Paul Biya… ”. Inutile de chercher à savoir comment où et quand, les personnes concernées ont rédigé la motion. Comme si cela ne suffisait pas, les signataires sont catégorisés par une appellation “ passe par tout ” : “ Les forces vives du département du Mbam et Inoubou ”.
La curiosité ne s’arrête pas là. Sans en avoir requis l’avis des populations, les signataires disent s’arrimer aux réflexions publiques en cours sur les problématiques d’intérêt national, plus particulièrement le débat sur la Constitution. Ils entubent la foule en convoquant au débat, la vision de l’évolution du pays telle que “ réaffirmée par le président de la République lors de son interview à la chaîne de télévision “ France 24 ” le 30 octobre 2007, vision qui situe les questions économiques et sociales au rang des “ urgences de l’heure ”. Ils parlent de la “ trajectoire exceptionnelle du Cameroun en général dans divers domaines, sous le renouveau, au cours de ces vingt-cinq dernières années ”.

Alinéa 2 de l’article 6 de la Constitution

Le problème de la représentation de toutes les forces vives dans la confection des appels à la modification s’est posé. “ Ceux qui fabriquent ces mensonges dans leurs salons, prennent leurs émotions pour des vérités définitives. Nous savons qu’ils sont réquisitionnés, par le régime en place, dont le but ultime est la perpétuation du pouvoir, dans la mise en scène d’une légitimité contestée ”, hurle de colère Abouemé. Pour persuader les populations à venir nombreuses à la cérémonie, les “ maître du jeu ” ont laissé entendre que le rendez-vous de Bafia était différent des autres.

Souley ONOHIOLO

Jean Baptiste Beléoken, ou la voix de Paul Biya

Le directeur du cabinet civil a pris la parole pour convaincre les Mbamois de la pertinence et du caractère novateur de la révision “ globale ” de la Constitution. Ceux qui le connaissent affirment avoir rarement vu le directeur du cabinet civil prendre la parole en public. Il était, jusqu’ici, “ le grand muet ”. Mais en interrogeant les coulisses du rendez-vous de Bafia, l’on se rend compte qu’en plus d’être le porte-parole de l’élite du Mbam et Inoubou, l’ex-directeur du protocole sous le président Ahmadou Ahidjo, en vieux routier de la politique, est venu sensibiliser ses frères et sœurs mbamois à la modification de la Constitution. Pour voiler les yeux, il parle de la “ révision globale ”. Le discours du directeur du cabinet civil comporte une bonne dose qui fait rêver ; au risque d’endormir les Mbamois. “ On croyait qu’il allait remettre les pendules à l’heure, en sonnant la fin de la récréation. On s’attendait au recadrage du débat, ou à un autre son de cloche. Il n’en a rien été ”, commente Dang à Boliong.

Le Dcc a-t-il été commis pour expliquer la dimension démocratique de la révision constitutionnelle ? sortie publique du directeur du cabinet civil, renforce l’opinion publique sur le fait que le président Paul Biya serait le chef d’orchestre de la mauvaise partition musicale sur la révision constitutionnelle. “Depuis l’ère du temps, on sait que le directeur du cabinet civil, ne s’appartient plus. Il ne prend pas la parole sans s’en référer au président de la République. Si Jean Baptiste Beléoken a décidé de se jeter dans l’arène, cela va de soi que c’est le président Paul Biya qui tire les marrons du feu ”, affirme un diplomate à la retraite.

Quelques caciques ont pris sur eux d’emballer tout le monde dans le mouvement. Un son discordant est alors monté.

Le triomphe de la manipulation dans la Lékié

Ville d’Okola, mardi 6 novembre 2007. Les festivités marquant les 25 ans de pouvoir de Paul Biya se célèbrent dans la section Rdpc de la Lékié Ouest. Le meeting, qui s’achève au milieu de l’après-midi, ne donne lieu à aucune déclaration étincelante. Sauf pour cet “ appel à un soutien massif à la politique du Renouveau qu’incarne depuis 25 ans son chef, le président Paul Biya. ”

Pendant que les militants festoient, des invitations sont discrètement distribuées à certains militants. Celles-ci indiquent qu’une réunion urgente du parti doit se tenir en soirée à Monatelé, le chef-lieu du département de la Lékié. La distribution de ces invitations, effectuée selon des sources dignes de foi par les bons soins de Benoît Ndong Soumhet, est sélective. Tous les hauts cadres de la section Rdpc de la Lékié Ouest ne sont pas conviés à l a réunion de Monatélé. Il n’y a que les chefs politiques des organes (Rdpc, Ofrdpc, et Ojrdpc) qui sont sollicités. L’ordre du jour est expressément mentionné sur les cartons d’invitation. Ce qui suscite la curiosité des uns et des autres. D’aucuns pensent alors à une rencontre avec le ministre des Finances, Essimi Menye, lui aussi membre de l’élite de la Lékié. Pour “ une récompense ” du travail effectué sur le terrain au cours des dernières élections.

Trafic d’influence

A Monatélé, Prosper Mbassi, ancien maire de Monatelé, et ancien président de l’ex-grande section Rdpc de la Lékié, accueille les invités venus d’horizons divers à travers le département. Ce dernier fait partie du staff qui a initié cette rencontre. Celui-ci comprend, entre autres, Benoît Ndong Soumhet, Jean Bernard Ndongo Essomba et Essimi Menye Lazare. Le ministre Henri Eyebe Ayissi a tout simplement été “ coopté ”, selon de notre source. Tout de suite, l’objet de la réunion est dévoilé. Il est question de signer “ l’Appel de la Lékié ”. Celui-ci demande, entres autres, au président de la République de modifier l’article 6. 2 de la Constitution qui limite les mandats présidentiels. En fait, le texte de “ l’Appel de Monatelé ” est déjà rédigé. Il ne restait plus qu’aux participants à cette réunion d’y apposer leur signature. Les membres du “ Staff ” usent alors de leur influence pour convaincre les sceptiques et les quelques réticents. Ceux-ci sollicitaient que “ tous les fils de la Lékié, sans aucune exclusion, soient associés à cette démarche ”, pour reprendre un commentaire d’un fils de la Lékié. Un autre problème qui se pose est celui des signataires. Les participants à cette réunion étant trop peu nombreux pour donner du crédit à cette initiative. “ C’est à ce niveau alors qu’un membre du “ Staff ” va sortir une feuille de présence à une réunion antérieure où un bon nombre des responsables politiques du Rdpc de la grande Lékié avaient apposé leurs signatures ”, explique un cadre du Rdpc, qui a pris part à la concertation de Monatelé.

L’autre problème : des fils de la Lékié, membres du parti au pouvoir et anciens ministres de la République, n’ont pas été associés à cette démarche. On peut citer Urbain Olanguena, Tsala Messi et Touna Mama, notamment. Mais dans l’esprit des membres du “ Staff ”, “ il n’était justement pas question d’associer ces élites. On avait l’impression qu’ils voulaient tirer la couverture de leur côté. En isolant les autres. C’est-à-dire parler au nom de la Lékié, pour se voir récompenser demain ”, commente un autre cadre du Rdpc du département de la Lékié.
Après la tonitruante médiatisation de “ L’appel de Monatelé ”, des voix se sont immédiatement élevées pour dénoncer “ la supercherie. Qui sont ces gens qui se croient investis de parler au nom des forces vives de la Lékié ? Les forces vives de la Lékié sont-elles seulement militants du Rdpc ? A-t-on pris le temps de consulter les associations paysannes qui travaillent de jours comme de nuits ? Et puis, Essimi Menye est-il militant du Rdpc ? On le connaissait comme fonctionnaire international…Tout cela donne du dégoût ”, a-t-on entendu lors d’une réunion des fils de la Lékié tenu en fin de semaine dernière à Yaoundé.

Jean François CHANNON

Richard Keuko, cadre du Rdpc, chargé de mission du Comité central pour le Haut-Nkam. Opposé à la motion envoyée par le Haut-Nkam, il donne ses raisons: Des flagorneurs et prébendiers

D’abord, expliquez-moi comment pour envoyer une lettre, fût-elle une lettre de soutien au président de la République, il faille la faire passer par les médias. Il me semble bien que la République du Cameroun a une boîte postale, et qu’elle est connue de tous. Pourquoi inviter à coups de milliers de francs des médias pour qu’ils assistent à la rédaction d’une correspondance privée ? A qui s’adresse ce genre de missive à la fin ? Au chef de l’Etat ou au peuple camerounais ? Je crois qu’il y a erreur sur le destinataire. Parce que si c’est au président qu’on écrit, il n’y a pas à en faire la publicité. Ou alors, c’est au destinataire, s’il le désire, de la faire publier pour montrer que les gens veulent ceci ou cela. Mais en aucun cas, vous ne pouvez écrire à quelqu’un, et le contenu de votre correspondance est connu et publié dans les journaux avant que son destinataire ne l’ait reçue.

Malheureusement, voilà ce qui se passe. On a l’impression que des gens prennent prétexte d’écrire au chef de l’Etat, alors qu’en réalité ils veulent afficher leur propre position. Soyons sérieux. Si certains veulent que le président Biya se représente en 2011, qu’ils fassent comme l’ont fait des hommes d’affaires ou des chefs traditionnels dans le passé, qu’ils aillent à Etoudi et essayent de le convaincre du bien-fondé de leur position. A moins que vous ne me répondiez que tout-puissants qu’ils sont, ils n’ont pas les moyens d’arriver jusqu’à lui.
Je ne lis pas dans la boule de cristal, pourtant, je suis convaincu que le moment venu, si le président estime que la question divise vraiment trop les Camerounais, au lieu de risquer de mécontenter un grand nombre, il va choisir la voie du référendum. Je n’ai pas l’impression que M. Biya est homme à tout mettre en œuvre pour rester au pouvoir, notamment s’il a le sentiment que le fait qu’il se représente est un problème. Je suis sûr qu’il voudra d’abord savoir si le Cameroun profond, pas celui des flagorneurs et du système prébendier, veut lui accorder une chance en 2011.


Beaucoup de leaders trouvent le débat prématuré. D’autres, pour ne pas rester en marge de la dynamique de flagornerie, modifient les motions en y ajoutant l’appel à la modification constitutionnelle.

Le grand Nord se presse lentement

La frénésie des appels à la révision constitutionnelle a atteint la partie septentrionale. Mais, à l’analyse, depuis le déclenchement de l’opération, le grand Nord traîne plutôt la patte Des sections Rdpc du Mayo Tsanaga, du Mayo Louti, de la Bénoué, de Lagdo, du Faro et Déo, de la Vina ont embouché les trompettes de la gesticulation quelques jours après les appels de la Lekié et la Mezam. A en croire le président de la section Vina- sud, Mohaman Lamine, le rappel des troupes a été rapidement battu après les premiers appels à la modification de la Constitution. Il s’est agi de rentrer dans la dynamique partisane sans passer pour des moutons de Panurge. D’où la motion signée la semaine dernière et datée du 16 Novembre 2007. Au nom de l’élite, des sympathisants et des militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) de Ngaoundéré. Mais cette version est sujette à contestation à Ngaoundéré. Beaucoup estiment que la base n’a pas été consultée autant que l’élite avant la diffusion de la motion de soutien sur les ondes. De plus, tout porte à croire que la disposition invitant le chef de l’Etat à faire sauter le verrou de la limitation des mandats et à briguer un nouveau bail à la magistrature suprême en 2011 a été ajoutée sur le communiqué final de la réunion tenue à l’occasion des 25 ans de pouvoir du président Paul Biya.

Luttes de positionnement

Cette version est confirmée (pour le cas de Garoua) par le maire de Garoua 1er. Youssoufa Daoua souligne que le volet sur la non limitation des mandats a été inscrit sur le document ayant sanctionné la concertation relative à l’anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir. Le maire de Garoua 1er pense que ce débat est précoce, car le chef de l’Etat a encore quatre (4) ans à la tête de l’Etat. Beaucoup de défis l’interpellent. Le Rdpc doit l’aider à les relever. Pour ce président de section Rdpc, les populations du septentrion ont bien suivi l’interview du président à France 24. Cela pourrait expliquer leur engouement mesuré par rapport à l’agitation en cours. D’autres observateurs de la scène politique régionale affirment que des caciques du parti des flammes dans le septentrion ont tenté de faire avaler la “ pilule ” à la base, en vain. Aussi ont-ils opté de laisser “ la patate chaude ” aux présidents de sections. Lesquels consentent, pour la plupart, à signer tout seuls les appels à la révision de la Loi fondamentale. “ Nombreux sont les militants qui croient que le pouvoir reviendra au Nord en 2011, par rapport à l’axe Nord-Sud. L’attitude ambiguë de Biya les intrigue. Ils préfèrent donc se réserver. En attendant. Le fait qu’ils disent que le sujet n’est pas d’actualité – comme le président national – relève de cette stratégie ”.

Dans sa livraison du 12 novembre dernier, l’hebdomadaire régional l’Oeil du Sahel révèle que le ministre Yaouba Abdoulaye n’a recueilli que trois (3) signatures pour la motion qu’il entendait adresser au chef de l’Etat sur la question. Le journal se gosse également des réticences de Gounoko Haounaye, Adoum Gargoum, Adoum Garoua à franchir le cap. Tous redouteraient la même déconvenue. Par-delà, il semble évident que les luttes de positionnement inhérentes au fonctionnement du Rdpc dans le grand Nord constituent aussi la cause de ces retards à l’allumage. Personne ne veut subir l’affront du rejet de son impulsion. Ngaoundéré et Garoua se positionnent comme des cas emblématiques au vu des dissensions passées dans l’appareil du Rdpc. En outre, beaucoup s’interrogent sur certains appels venant des localités “ oubliées ” du régime ou conquises par l’opposition. Il en est de Mokolo ou de Ngaoundéré, où l’Undp est relativement en pôle position. Ou encore de Banyo où la victoire du Rdpc aux municipales ne tiendrait qu’aux tripatouillages de l’élite locale.

Georges Alain BOYOMO

Le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé a dû faire le porte-à-porte pour obtenir quelques maigres signatures
Le Mfoundi boude la motion préparée par Tsimi Evouna

Dans les milieux politiques du Mfoundi, l’affaire continue de fâcher. Selon les différents témoignages, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy), Gilbert Tsimi Evouna, est accusé de “ grave forfaiture ”. M.O, élite et militant du Rdpc à Yaoundé 1er, explique : “ Alors que nous ne nous sommes pas encore définitivement entendus sur le contenu à mettre dans la motion de soutien à adresser au président de la République, le délégué du gouvernement avait déjà envoyé au nom des fils du Mfoundi une motion de soutien qu’il a signée tout seul. Ce n’est pas acceptable. ” Omgba L., lui aussi militant du Rdpc à Yaoundé 1er, est davantage en colère. “ Il s’agit d’un acte d’escroquerie politique inadmissible. Il faut bien comprendre que le Mfoundi n’a aucun problème avec le président Paul Biya. Les fils de ce département contestent tout simplement la légitimité que voudraient s’octroyer certains, dont l’actuel délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine. ”
Le vendredi 9 novembre 2007, Tsimi Evouna Gilbert avait convoqué une réunion des élites du Mfoundi, proches du parti au pouvoir au Cameroun. Ladite réunion a eu lieu à l’Hôtel de ville de Yaoundé. Pour la première fois, depuis la mort du délégué Emah Basile, on a retrouvé à une même concertation tout ce que le département du Mfoundi compte comme ministres, anciens ministres, et autres hauts cadres de l’administration camerounaise, proches du Rdpc, le parti au pouvoir. Madame le ministre Suzanne Mbomback, absente, n’avait formellement pas été invité à cette concertation.

Dans son propos d’ouverture, Tsimi Evouna a déclaré à ses “ hôtes ” qu’il a reçu mandat du Comité central du Rdpc pour “ mobiliser tous les fils du Mfoundi en vue d’un appel à l ‘amendement de la Constitution pour que le président Biya puisse se représenter en 2011. ” Continuant dans la même lancée, il a donc demandé à “ ses frères ” du Mfoundi de se prononcer par rapport à un texte de motion de soutien qu’il a fait préparer. Le silence, après le propos liminaire de l’actuel délégué du gouvernement, était particulièrement intrigant. Des murmures se sont même élevés. Le premier à rompre le silence est le ministre Etoundi Ngoa Laurent. Ce fils du clan Etoudi des Ewondo de la capitale camerounaise fulminait. Et de s’interroger sur “ la légitimité de celui qui a osé convoquer les fils du Mfoundi. ” Il faut comprendre que le département du Mfoundi compte environ quatre grandes tribus. Il s’agit notamment des Nvog Tsougui Mballa, les Etoudi, les Yanda, et le grand groupe Bene. L’ensemble des familles principales de cette unité administrative s’y retrouve. Il existe aussi des petites tribus qui autrefois étaient considérées par la logique sociologique ambiante comme “ des tribus minoritaires ”, pour reprendre les termes d’un patriarche Ewondo de Yaoundé. Le délégué du gouvernement, Tsimi Evouna, les ministres Edjoa Augustin, André Mama Fouda en font partie. Ils sont respectivement des tribus Angok, Baaba et Edzoa, considérées comme minoritaires à Yaoundé. D’où la condamnation entendue dans la salle : “ cette tendance que les originaires des petites tribus de Yaoundé, à qui Biya a donné le pouvoir ont envie de croire qu’ils peuvent réunir les fils du Mfoundi et parler en leur nom. ” La réunion du 9 novembre s’est achevée en queue de poisson. Tsimi Evouna n’a néanmoins pas désarmé. Il a commencé par contacter individuellement les fils du Mfoundi, militants du Rdpc pour qu’ils signent son document. Nouvel échec. Il a poursuivi par un porte-à-porte. Quelques fils du Mfoundi, ministres et anciens ministres ont consenti à le suivre dans sa démarche. Le document a été envoyé au Comité central puis médiatisé. Un vrai forcing.

Jean François CHANNON

Au-delà d’un appel à la non limitation des mandats présidentiels, cette structure sollicite une élection présidentielle à deux tours.
La Mifi centre et sa motion qui gêne Biya

La motion de soutien signé le 13 novembre dernier par Hilaire Focka Focka, le président de la section du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) dans la Mifi Centre sort de l’ordinaire. Car, elle voudrait que la révision constitutionnelle – en cours de provocation par les partisans de Paul Biya – porte aussi sur l’adoption d’une disposition instituant un système majoritaire à deux (2) tours.

Confondant la personnalité du président Paul Biya à celle du constituant, Hilaire Focka Focka et ses troupes posent leurs doléances en ces termes : “ Nous vous demandons par conséquent de modifier l’article 6 alinéa 1 et 2 de notre constitution du 18 janvier 1996 non seulement pour rendre le nombre de mandat illimité à la tête de l’Etat camerounais, mais aussi de permettre l’élection présidentielle au système majoritaire à deux tours. ” Pour les auteurs du texte, cette sollicitation se manifeste dans le cadre de l’attachement du président Paul Biya à la consolidation de la démocratie et au renforcement de l’Etat de droit. En plus, Les signataires soulignent que cette modification devrait tenir compte des nouvelles aspirations du peuple. Cependant, la motion de la section du parti des flammes dans la Mifi Centre prend aussi à la monarchie marocaine pour inviter Paul Biya à manœuvrer pour se maintenir au pouvoir. “ Le Roi Hassan II du Maroc, lors de sa réception à l’Assemblée nationale française le 7 mai 1996, initiait une métaphore du vêtement à propos de la constitution aujourd’hui passée à la postérité : “ Un vêtement se dessine et se coud en fonction des formes et des mesures de celui qui devra le porter. Bien plus, celui que l’on habille ne gardera pas immédiatement la même silhouette. Vivre c’est donc s’adapter. Les constitutions ne sont pas des tentes dressées pour le sommeil ”, rappelle Hilaire Focka Focka.

Par ailleurs, faut-il signaler, sous cape, certains militants de la section du Rassemblement démocratique du peuple désapprouvent cette option de la section de la Mifi Centre. “ La force de Paul Biya et du Rdpc, ce sont des élections à un seul tour. C’est grâce à cela qu’il a devancé John Fru Ndi lors de l’élection présidentielle d’octobre 1992 ”, confie un militant du parti au pouvoir ayant requis l’anonymat.

Guy Modeste DZUDIE

Auteurs : JBS,Souley ONOHIOLO, Jean François CHANNON, Georges Alain BOYOMO ,etGuy Modeste DZUDIE

 
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