“ Les élites extérieures et intérieures de
… ” “ Les militants du parti et forces vives
de … ”, “ Les ressortissants du département
de … ”, “ constatant … Considérant
… vous prient de bien vouloir solliciter un nouveau mandat
… afin de continuer l’œuvre de construction
nationale que vous conduisez si heureusement ”.
La tradition des motions de soutien adressées au chef
de l’Etat et du parti date de l’Unc. Elle fait partie
des stratégies de mystification utilisées par
la cour du prince pour le persuader que tout le peuple lui est
inconditionnellement acquis. Mais, elle peut également
servir de prétexte au prince en justifiant son désir
de rester au pouvoir, en parfaite conscience que les motions
attribuées au peuple ne sont ni sincères ni dudit
peuple. Il s’agit alors de faire main-basse sur la souveraineté
d’un peuple sous oppression et incapable d’apporter
le moindre démenti à ce qu’on dit en leur
nom.
Si ces motions émanaient vraiment du peuple, il faudrait
conclure que le peuple camerounais est, soit hypnotisé,
soit suicidaire, ou alors que, par on ne sait quel mystère,
il se rassasie quand le prince et sa cour mangent. A moins
d’être tous comme ces femmes qui ne sont heureuses
que quand l’homme les bat pour prouver son amour.
Alors, si les motions de soutien et de recommandation ne
viennent pas du peuple, d’où viennent-elles ?
Autrefois, elles venaient du Comité central du parti.
Elles étaient rédigées et distribuées
à des chargés de mission qui allaient les lire
et les faire applaudir dans les sections départementales
du parti, puis retoucher par-ci, par-là, en fonction
de la couleur locale. Elles atterrissaient ensuite comme aujourd’hui,
dans les rédactions des médias, en particulier
ceux de l’Etat.
Il n’est pas évident que les choses se passent
de la même manière aujourd’hui, vu l’hétérogénéité
de la culture politique du Comité central. Néanmoins,
ce sont toujours les prébendiers du régime qui
prennent l’initiative des motions, qui les signent parfois
tout seuls “ au nom des militants et forces vives ”,
voire “ au nom du peuple camerounais ”.
Quoi qu’il en soit, le processus se termine toujours
dans un congrès ordinaire ou extraordinaire du parti,
ou le chef se fait applaudir en affirmant : “ J’accepte
”. Tradition instaurée par Ahidjo en 1975 à
Douala, elle n’a jamais été interrompue,
même si Paul Biya le dit sans plagiat. Va-t-il remettre
ça ?…
JBS
Agissant au nom des filles et fils du département,
la bureaucratie urbaine aux affaires et la minorité
de blocage du Rdpc signent pour la révision “
globale ” de la Constitution du 18 janvier 1996.
La grande tromperie de Bafia
Bafia, le 18 novembre 2007. La salle de permanence du Rdpc
est pleine. Il s’agit de la tenue de la conférence
extraordinaire conjointe élargie des cinq sections
Rdpc du Mbam et Inoubou. Les présidents de l’Ojrdpc,
de l’Ofrdc, et de la section Rdpc du centre sud et Est
se succèdent au podium. Chaque orateur, en bon griot,
enchaîne des louanges, des hommages et des motions pour
l’éternité et la gloire de Paul Biya.
“ Les gens si sont terribles. On ne sait pas d’où
ils sortent avec tout ça. Nous n’avons pas été
associés, encore moins consultés ”, se
plaint un militant de base. “ Il faut bien que les élites
prennent l’habitude de mettre au courant leurs camarades.
Même si l’on peut être d’accord, la
méthode et la démarche de l’élite
aux affaires sont suspectes ”, renchérit un membre
du conseil municipal de la cité. Comme eux, une bonne
fourchette d’habitants est venue écouter. C’est
sur place que certains découvrent que la conférence
tant vantée est une occasion pour en appeler à
la “ révision globale ” de la Constitution.
En lisant la motion de soutien, de déférence
et d’encouragement adressée à Paul Biya,
l’on est surpris par le contenu. “ Les personnalités
politiques, l’élite militante, les élus,
les autorités traditionnelles, les responsables locaux
du Parti, les militants de base, amis et sympathisants des
sections Rdpc du Mbam et Inoubou, réunis à Bafia,
le 18 novembre 2007 en conférence extraordinaire conjointe
élargie, adressent à Paul Biya… ”.
Inutile de chercher à savoir comment où et quand,
les personnes concernées ont rédigé la
motion. Comme si cela ne suffisait pas, les signataires sont
catégorisés par une appellation “ passe
par tout ” : “ Les forces vives du département
du Mbam et Inoubou ”.
La curiosité ne s’arrête pas là.
Sans en avoir requis l’avis des populations, les signataires
disent s’arrimer aux réflexions publiques en
cours sur les problématiques d’intérêt
national, plus particulièrement le débat sur
la Constitution. Ils entubent la foule en convoquant au débat,
la vision de l’évolution du pays telle que “
réaffirmée par le président de la République
lors de son interview à la chaîne de télévision
“ France 24 ” le 30 octobre 2007, vision qui situe
les questions économiques et sociales au rang des “
urgences de l’heure ”. Ils parlent de la “
trajectoire exceptionnelle du Cameroun en général
dans divers domaines, sous le renouveau, au cours de ces vingt-cinq
dernières années ”.
Alinéa 2 de l’article 6 de la Constitution
Le problème de la représentation de toutes
les forces vives dans la confection des appels à la
modification s’est posé. “ Ceux qui fabriquent
ces mensonges dans leurs salons, prennent leurs émotions
pour des vérités définitives. Nous savons
qu’ils sont réquisitionnés, par le régime
en place, dont le but ultime est la perpétuation du
pouvoir, dans la mise en scène d’une légitimité
contestée ”, hurle de colère Abouemé.
Pour persuader les populations à venir nombreuses à
la cérémonie, les “ maître du jeu
” ont laissé entendre que le rendez-vous de Bafia
était différent des autres.
Souley ONOHIOLO
Jean Baptiste Beléoken, ou la voix de Paul Biya
Le directeur du cabinet civil a pris la parole pour convaincre
les Mbamois de la pertinence et du caractère novateur
de la révision “ globale ” de la Constitution.
Ceux qui le connaissent affirment avoir rarement vu le directeur
du cabinet civil prendre la parole en public. Il était,
jusqu’ici, “ le grand muet ”. Mais en interrogeant
les coulisses du rendez-vous de Bafia, l’on se rend
compte qu’en plus d’être le porte-parole
de l’élite du Mbam et Inoubou, l’ex-directeur
du protocole sous le président Ahmadou Ahidjo, en vieux
routier de la politique, est venu sensibiliser ses frères
et sœurs mbamois à la modification de la Constitution.
Pour voiler les yeux, il parle de la “ révision
globale ”. Le discours du directeur du cabinet civil
comporte une bonne dose qui fait rêver ; au risque d’endormir
les Mbamois. “ On croyait qu’il allait remettre
les pendules à l’heure, en sonnant la fin de
la récréation. On s’attendait au recadrage
du débat, ou à un autre son de cloche. Il n’en
a rien été ”, commente Dang à Boliong.
Le Dcc a-t-il été commis pour expliquer la
dimension démocratique de la révision constitutionnelle
? sortie publique du directeur du cabinet civil, renforce
l’opinion publique sur le fait que le président
Paul Biya serait le chef d’orchestre de la mauvaise
partition musicale sur la révision constitutionnelle.
“Depuis l’ère du temps, on sait que le
directeur du cabinet civil, ne s’appartient plus. Il
ne prend pas la parole sans s’en référer
au président de la République. Si Jean Baptiste
Beléoken a décidé de se jeter dans l’arène,
cela va de soi que c’est le président Paul Biya
qui tire les marrons du feu ”, affirme un diplomate
à la retraite.
Quelques caciques ont pris sur eux d’emballer tout
le monde dans le mouvement. Un son discordant est alors monté.
Le triomphe de la manipulation dans la Lékié
Ville d’Okola, mardi 6 novembre 2007. Les festivités
marquant les 25 ans de pouvoir de Paul Biya se célèbrent
dans la section Rdpc de la Lékié Ouest. Le meeting,
qui s’achève au milieu de l’après-midi,
ne donne lieu à aucune déclaration étincelante.
Sauf pour cet “ appel à un soutien massif à
la politique du Renouveau qu’incarne depuis 25 ans son
chef, le président Paul Biya. ”
Pendant que les militants festoient, des invitations sont
discrètement distribuées à certains militants.
Celles-ci indiquent qu’une réunion urgente du
parti doit se tenir en soirée à Monatelé,
le chef-lieu du département de la Lékié.
La distribution de ces invitations, effectuée selon
des sources dignes de foi par les bons soins de Benoît
Ndong Soumhet, est sélective. Tous les hauts cadres
de la section Rdpc de la Lékié Ouest ne sont
pas conviés à l a réunion de Monatélé.
Il n’y a que les chefs politiques des organes (Rdpc,
Ofrdpc, et Ojrdpc) qui sont sollicités. L’ordre
du jour est expressément mentionné sur les cartons
d’invitation. Ce qui suscite la curiosité des
uns et des autres. D’aucuns pensent alors à une
rencontre avec le ministre des Finances, Essimi Menye, lui
aussi membre de l’élite de la Lékié.
Pour “ une récompense ” du travail effectué
sur le terrain au cours des dernières élections.
Trafic d’influence
A Monatélé, Prosper Mbassi, ancien maire de
Monatelé, et ancien président de l’ex-grande
section Rdpc de la Lékié, accueille les invités
venus d’horizons divers à travers le département.
Ce dernier fait partie du staff qui a initié cette
rencontre. Celui-ci comprend, entre autres, Benoît Ndong
Soumhet, Jean Bernard Ndongo Essomba et Essimi Menye Lazare.
Le ministre Henri Eyebe Ayissi a tout simplement été
“ coopté ”, selon de notre source. Tout
de suite, l’objet de la réunion est dévoilé.
Il est question de signer “ l’Appel de la Lékié
”. Celui-ci demande, entres autres, au président
de la République de modifier l’article 6. 2 de
la Constitution qui limite les mandats présidentiels.
En fait, le texte de “ l’Appel de Monatelé
” est déjà rédigé. Il ne
restait plus qu’aux participants à cette réunion
d’y apposer leur signature. Les membres du “ Staff
” usent alors de leur influence pour convaincre les
sceptiques et les quelques réticents. Ceux-ci sollicitaient
que “ tous les fils de la Lékié, sans
aucune exclusion, soient associés à cette démarche
”, pour reprendre un commentaire d’un fils de
la Lékié. Un autre problème qui se pose
est celui des signataires. Les participants à cette
réunion étant trop peu nombreux pour donner
du crédit à cette initiative. “ C’est
à ce niveau alors qu’un membre du “ Staff
” va sortir une feuille de présence à
une réunion antérieure où un bon nombre
des responsables politiques du Rdpc de la grande Lékié
avaient apposé leurs signatures ”, explique un
cadre du Rdpc, qui a pris part à la concertation de
Monatelé.
L’autre problème : des fils de la Lékié,
membres du parti au pouvoir et anciens ministres de la République,
n’ont pas été associés à
cette démarche. On peut citer Urbain Olanguena, Tsala
Messi et Touna Mama, notamment. Mais dans l’esprit des
membres du “ Staff ”, “ il n’était
justement pas question d’associer ces élites.
On avait l’impression qu’ils voulaient tirer la
couverture de leur côté. En isolant les autres.
C’est-à-dire parler au nom de la Lékié,
pour se voir récompenser demain ”, commente un
autre cadre du Rdpc du département de la Lékié.
Après la tonitruante médiatisation de “
L’appel de Monatelé ”, des voix se sont
immédiatement élevées pour dénoncer
“ la supercherie. Qui sont ces gens qui se croient investis
de parler au nom des forces vives de la Lékié
? Les forces vives de la Lékié sont-elles seulement
militants du Rdpc ? A-t-on pris le temps de consulter les
associations paysannes qui travaillent de jours comme de nuits
? Et puis, Essimi Menye est-il militant du Rdpc ? On le connaissait
comme fonctionnaire international…Tout cela donne du
dégoût ”, a-t-on entendu lors d’une
réunion des fils de la Lékié tenu en
fin de semaine dernière à Yaoundé.
Jean François CHANNON
Richard Keuko, cadre du Rdpc, chargé de mission du
Comité central pour le Haut-Nkam. Opposé à
la motion envoyée par le Haut-Nkam, il donne ses raisons:
Des flagorneurs et prébendiers
D’abord, expliquez-moi comment pour envoyer une lettre,
fût-elle une lettre de soutien au président de
la République, il faille la faire passer par les médias.
Il me semble bien que la République du Cameroun a une
boîte postale, et qu’elle est connue de tous.
Pourquoi inviter à coups de milliers de francs des
médias pour qu’ils assistent à la rédaction
d’une correspondance privée ? A qui s’adresse
ce genre de missive à la fin ? Au chef de l’Etat
ou au peuple camerounais ? Je crois qu’il y a erreur
sur le destinataire. Parce que si c’est au président
qu’on écrit, il n’y a pas à en faire
la publicité. Ou alors, c’est au destinataire,
s’il le désire, de la faire publier pour montrer
que les gens veulent ceci ou cela. Mais en aucun cas, vous
ne pouvez écrire à quelqu’un, et le contenu
de votre correspondance est connu et publié dans les
journaux avant que son destinataire ne l’ait reçue.
Malheureusement, voilà ce qui se passe. On a l’impression
que des gens prennent prétexte d’écrire
au chef de l’Etat, alors qu’en réalité
ils veulent afficher leur propre position. Soyons sérieux.
Si certains veulent que le président Biya se représente
en 2011, qu’ils fassent comme l’ont fait des hommes
d’affaires ou des chefs traditionnels dans le passé,
qu’ils aillent à Etoudi et essayent de le convaincre
du bien-fondé de leur position. A moins que vous ne
me répondiez que tout-puissants qu’ils sont,
ils n’ont pas les moyens d’arriver jusqu’à
lui.
Je ne lis pas dans la boule de cristal, pourtant, je suis
convaincu que le moment venu, si le président estime
que la question divise vraiment trop les Camerounais, au lieu
de risquer de mécontenter un grand nombre, il va choisir
la voie du référendum. Je n’ai pas l’impression
que M. Biya est homme à tout mettre en œuvre pour
rester au pouvoir, notamment s’il a le sentiment que
le fait qu’il se représente est un problème.
Je suis sûr qu’il voudra d’abord savoir
si le Cameroun profond, pas celui des flagorneurs et du système
prébendier, veut lui accorder une chance en 2011.
Beaucoup de leaders trouvent le débat prématuré.
D’autres, pour ne pas rester en marge de la dynamique
de flagornerie, modifient les motions en y ajoutant l’appel
à la modification constitutionnelle.
Le grand Nord se presse lentement
La frénésie des appels à la révision
constitutionnelle a atteint la partie septentrionale. Mais,
à l’analyse, depuis le déclenchement de
l’opération, le grand Nord traîne plutôt
la patte Des sections Rdpc du Mayo Tsanaga, du Mayo Louti,
de la Bénoué, de Lagdo, du Faro et Déo,
de la Vina ont embouché les trompettes de la gesticulation
quelques jours après les appels de la Lekié
et la Mezam. A en croire le président de la section
Vina- sud, Mohaman Lamine, le rappel des troupes a été
rapidement battu après les premiers appels à
la modification de la Constitution. Il s’est agi de
rentrer dans la dynamique partisane sans passer pour des moutons
de Panurge. D’où la motion signée la semaine
dernière et datée du 16 Novembre 2007. Au nom
de l’élite, des sympathisants et des militants
du Rassemblement démocratique du peuple camerounais
(Rdpc) de Ngaoundéré. Mais cette version est
sujette à contestation à Ngaoundéré.
Beaucoup estiment que la base n’a pas été
consultée autant que l’élite avant la
diffusion de la motion de soutien sur les ondes. De plus,
tout porte à croire que la disposition invitant le
chef de l’Etat à faire sauter le verrou de la
limitation des mandats et à briguer un nouveau bail
à la magistrature suprême en 2011 a été
ajoutée sur le communiqué final de la réunion
tenue à l’occasion des 25 ans de pouvoir du président
Paul Biya.
Luttes de positionnement
Cette version est confirmée (pour le cas de Garoua)
par le maire de Garoua 1er. Youssoufa Daoua souligne que le
volet sur la non limitation des mandats a été
inscrit sur le document ayant sanctionné la concertation
relative à l’anniversaire de l’accession
de Paul Biya au pouvoir. Le maire de Garoua 1er pense que
ce débat est précoce, car le chef de l’Etat
a encore quatre (4) ans à la tête de l’Etat.
Beaucoup de défis l’interpellent. Le Rdpc doit
l’aider à les relever. Pour ce président
de section Rdpc, les populations du septentrion ont bien suivi
l’interview du président à France 24.
Cela pourrait expliquer leur engouement mesuré par
rapport à l’agitation en cours. D’autres
observateurs de la scène politique régionale
affirment que des caciques du parti des flammes dans le septentrion
ont tenté de faire avaler la “ pilule ”
à la base, en vain. Aussi ont-ils opté de laisser
“ la patate chaude ” aux présidents de
sections. Lesquels consentent, pour la plupart, à signer
tout seuls les appels à la révision de la Loi
fondamentale. “ Nombreux sont les militants qui croient
que le pouvoir reviendra au Nord en 2011, par rapport à
l’axe Nord-Sud. L’attitude ambiguë de Biya
les intrigue. Ils préfèrent donc se réserver.
En attendant. Le fait qu’ils disent que le sujet n’est
pas d’actualité – comme le président
national – relève de cette stratégie ”.
Dans sa livraison du 12 novembre dernier, l’hebdomadaire
régional l’Oeil du Sahel révèle
que le ministre Yaouba Abdoulaye n’a recueilli que trois
(3) signatures pour la motion qu’il entendait adresser
au chef de l’Etat sur la question. Le journal se gosse
également des réticences de Gounoko Haounaye,
Adoum Gargoum, Adoum Garoua à franchir le cap. Tous
redouteraient la même déconvenue. Par-delà,
il semble évident que les luttes de positionnement
inhérentes au fonctionnement du Rdpc dans le grand
Nord constituent aussi la cause de ces retards à l’allumage.
Personne ne veut subir l’affront du rejet de son impulsion.
Ngaoundéré et Garoua se positionnent comme des
cas emblématiques au vu des dissensions passées
dans l’appareil du Rdpc. En outre, beaucoup s’interrogent
sur certains appels venant des localités “ oubliées
” du régime ou conquises par l’opposition.
Il en est de Mokolo ou de Ngaoundéré, où
l’Undp est relativement en pôle position. Ou encore
de Banyo où la victoire du Rdpc aux municipales ne
tiendrait qu’aux tripatouillages de l’élite
locale.
Georges Alain BOYOMO
Le délégué du gouvernement auprès
de la Communauté urbaine de Yaoundé a dû
faire le porte-à-porte pour obtenir quelques maigres
signatures
Le Mfoundi boude la motion préparée par Tsimi
Evouna
Dans les milieux politiques du Mfoundi, l’affaire continue
de fâcher. Selon les différents témoignages,
le délégué du gouvernement auprès
de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy), Gilbert
Tsimi Evouna, est accusé de “ grave forfaiture
”. M.O, élite et militant du Rdpc à Yaoundé
1er, explique : “ Alors que nous ne nous sommes pas
encore définitivement entendus sur le contenu à
mettre dans la motion de soutien à adresser au président
de la République, le délégué du
gouvernement avait déjà envoyé au nom
des fils du Mfoundi une motion de soutien qu’il a signée
tout seul. Ce n’est pas acceptable. ” Omgba L.,
lui aussi militant du Rdpc à Yaoundé 1er, est
davantage en colère. “ Il s’agit d’un
acte d’escroquerie politique inadmissible. Il faut bien
comprendre que le Mfoundi n’a aucun problème
avec le président Paul Biya. Les fils de ce département
contestent tout simplement la légitimité que
voudraient s’octroyer certains, dont l’actuel
délégué du gouvernement auprès
de la Communauté urbaine. ”
Le vendredi 9 novembre 2007, Tsimi Evouna Gilbert avait convoqué
une réunion des élites du Mfoundi, proches du
parti au pouvoir au Cameroun. Ladite réunion a eu lieu
à l’Hôtel de ville de Yaoundé. Pour
la première fois, depuis la mort du délégué
Emah Basile, on a retrouvé à une même
concertation tout ce que le département du Mfoundi
compte comme ministres, anciens ministres, et autres hauts
cadres de l’administration camerounaise, proches du
Rdpc, le parti au pouvoir. Madame le ministre Suzanne Mbomback,
absente, n’avait formellement pas été
invité à cette concertation.
Dans son propos d’ouverture, Tsimi Evouna a déclaré
à ses “ hôtes ” qu’il a reçu
mandat du Comité central du Rdpc pour “ mobiliser
tous les fils du Mfoundi en vue d’un appel à
l ‘amendement de la Constitution pour que le président
Biya puisse se représenter en 2011. ” Continuant
dans la même lancée, il a donc demandé
à “ ses frères ” du Mfoundi de se
prononcer par rapport à un texte de motion de soutien
qu’il a fait préparer. Le silence, après
le propos liminaire de l’actuel délégué
du gouvernement, était particulièrement intrigant.
Des murmures se sont même élevés. Le premier
à rompre le silence est le ministre Etoundi Ngoa Laurent.
Ce fils du clan Etoudi des Ewondo de la capitale camerounaise
fulminait. Et de s’interroger sur “ la légitimité
de celui qui a osé convoquer les fils du Mfoundi. ”
Il faut comprendre que le département du Mfoundi compte
environ quatre grandes tribus. Il s’agit notamment des
Nvog Tsougui Mballa, les Etoudi, les Yanda, et le grand groupe
Bene. L’ensemble des familles principales de cette unité
administrative s’y retrouve. Il existe aussi des petites
tribus qui autrefois étaient considérées
par la logique sociologique ambiante comme “ des tribus
minoritaires ”, pour reprendre les termes d’un
patriarche Ewondo de Yaoundé. Le délégué
du gouvernement, Tsimi Evouna, les ministres Edjoa Augustin,
André Mama Fouda en font partie. Ils sont respectivement
des tribus Angok, Baaba et Edzoa, considérées
comme minoritaires à Yaoundé. D’où
la condamnation entendue dans la salle : “ cette tendance
que les originaires des petites tribus de Yaoundé,
à qui Biya a donné le pouvoir ont envie de croire
qu’ils peuvent réunir les fils du Mfoundi et
parler en leur nom. ” La réunion du 9 novembre
s’est achevée en queue de poisson. Tsimi Evouna
n’a néanmoins pas désarmé. Il a
commencé par contacter individuellement les fils du
Mfoundi, militants du Rdpc pour qu’ils signent son document.
Nouvel échec. Il a poursuivi par un porte-à-porte.
Quelques fils du Mfoundi, ministres et anciens ministres ont
consenti à le suivre dans sa démarche. Le document
a été envoyé au Comité central
puis médiatisé. Un vrai forcing.
Jean François CHANNON
Au-delà d’un appel à la non limitation
des mandats présidentiels, cette structure sollicite
une élection présidentielle à deux tours.
La Mifi centre et sa motion qui gêne Biya
La motion de soutien signé le 13 novembre dernier
par Hilaire Focka Focka, le président de la section
du Rassemblement démocratique du peuple camerounais
(Rdpc) dans la Mifi Centre sort de l’ordinaire. Car,
elle voudrait que la révision constitutionnelle –
en cours de provocation par les partisans de Paul Biya –
porte aussi sur l’adoption d’une disposition instituant
un système majoritaire à deux (2) tours.
Confondant la personnalité du président Paul
Biya à celle du constituant, Hilaire Focka Focka et
ses troupes posent leurs doléances en ces termes :
“ Nous vous demandons par conséquent de modifier
l’article 6 alinéa 1 et 2 de notre constitution
du 18 janvier 1996 non seulement pour rendre le nombre de
mandat illimité à la tête de l’Etat
camerounais, mais aussi de permettre l’élection
présidentielle au système majoritaire à
deux tours. ” Pour les auteurs du texte, cette sollicitation
se manifeste dans le cadre de l’attachement du président
Paul Biya à la consolidation de la démocratie
et au renforcement de l’Etat de droit. En plus, Les
signataires soulignent que cette modification devrait tenir
compte des nouvelles aspirations du peuple. Cependant, la
motion de la section du parti des flammes dans la Mifi Centre
prend aussi à la monarchie marocaine pour inviter Paul
Biya à manœuvrer pour se maintenir au pouvoir.
“ Le Roi Hassan II du Maroc, lors de sa réception
à l’Assemblée nationale française
le 7 mai 1996, initiait une métaphore du vêtement
à propos de la constitution aujourd’hui passée
à la postérité : “ Un vêtement
se dessine et se coud en fonction des formes et des mesures
de celui qui devra le porter. Bien plus, celui que l’on
habille ne gardera pas immédiatement la même
silhouette. Vivre c’est donc s’adapter. Les constitutions
ne sont pas des tentes dressées pour le sommeil ”,
rappelle Hilaire Focka Focka.
Par ailleurs, faut-il signaler, sous cape, certains militants
de la section du Rassemblement démocratique du peuple
désapprouvent cette option de la section de la Mifi
Centre. “ La force de Paul Biya et du Rdpc, ce sont
des élections à un seul tour. C’est grâce
à cela qu’il a devancé John Fru Ndi lors
de l’élection présidentielle d’octobre
1992 ”, confie un militant du parti au pouvoir ayant
requis l’anonymat.
Guy Modeste DZUDIE
Auteurs : JBS,Souley ONOHIOLO, Jean François
CHANNON, Georges Alain BOYOMO ,etGuy Modeste DZUDIE |